Le texte : « Le pont Mirabeau » Alcools (1913), Guillaume Apollinaire

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

        Et nos amours

        Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

      Tandis que sous

      Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante

        L’amour s’en va

        Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

      Ni temps passé

      Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

          Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

 

Commentaire Le Pont Mirabeau

 

Introduction

   

  • Le Pont Mirabeau est un poème du recueil d’Apollinaire publié en 1913
  • dans ce poème, Apollinaire chante la douleur de l’amour mort
  • on sait que c’est sa rupture avec Marie Laurencin qui l’a inspiré
  • mais l’anecdote laisse place à une réflexion d’ordre générale
  • c’est une chanson sur le temps qui passe
       

Problématique 

    

 En quoi cette chanson est une complainte sur le temps qui passe ?

    

Plan 

   

1ère partie → un poème comme une chanson

2ème partie → la fuite du temps

 

  1. Un poème comme une chanson

    1. Un poème traditionnel ?
      • Ce poème peut apparaître d’abord comme traditionnel par son thème : c’est un poème sur l’amour : « Sous le pont Mirabeau / coule la Seine et nos amours ».
      • Répétition du mot « amour ».
      • Évocation des corps liés (par les mains).
      • Mais le pont Mirabeau lui-même est signe de modernité : construit à la fin du XIXe siècle.
      • Son architecture est moderne.
      • Nous avons en plus les marques habituelles de la modernité d’Apollinaire.
      • Absence de ponctuation.
      • Vers plus libre
         
    2. Un poème musical
      • Ce poème ressemble à une chanson : il en a toutes les caractéristiques.
      • Hétérométrie (vers de différentes longueurs).
      • Retour d’un distique qui joue le rôle de refrain.
      • Vers impairs (7 syllabes) du distique.
      • Rimes féminines.
      • Absence de ponctuation qui laisse la lecture plus libre.
      • Tonalité et techniques très proches de celles de Verlaine qui prônait la musicalité du vers
            
    3. Le pont Mirabeau
      • Nous avons déjà dit que le pont Mirabeau représentait la modernité.
      • Mais le pont a une valeur symbolique propre aussi.
      • Il est l’élément central du poème.
      • Il est le symbole de ce qui lie bien sûr : « Les mains dans les mains restons face à face ».
      • Et ce qui reste : « restons (…) / tandis que sous le pont (…) passe / (…) l’onde ».
      • Il relie les amants.
      • Il relie la tradition poétique à la modernité poétique.
      • Il est l’espoir : l’espoir d’un lien qui perdure, qui peut se recréer.
           
        [transition]
          
  2. La fuite du temps

    1. Une méditation sur la fuite du temps
      • Terme classique du temps qui passe : « passent les jours et passent les semaines ».
      • De ce qui a été irrémédiablement perdu.
      • Ie temps est l’être aimé, c’est-à-dire la vie elle-même.
        • Il y a une valeur universelle à ce poème.
        • Marie Laurencin n’est pas nommée : le poète dépasse sa douleur personnelle pour donner à sentir la perte de l’amour en général.
      • Le symbole du pont est lié au thème de l’eau.
      • L’eau, c’est ce qui ne peut se saisir : c’est le temps qui coule.
          
    2. Un poème de la douleur
      • Ce poème chante la mort et la perte plus que l’amour.
      • Malgré une apparence de légèreté.
      • Valeur universelle sensible aussi avec le « nous ».
      • C’est un lyrisme renouvelé : le « je » individuel laisse place au « nous ».
      • Le « nous », c’est le poète et la femme aimée, mais c’est aussi le lecteur.
      • Il y a une antithèse entre l’immobilité du poète :« je demeure ».
      • Et la mobilité de l’eau : « passent », « coule », « viennent ».
         
    3. Une espérance ?
      • L’espérance est présente sous forme de divinité.
      • C’est une personnification →  majuscule dans le texte.
      • La nature, c’est aussi le hasard.
      • Retour du distique comme un refrain.
      • Ou encore le dernier vers qui reprend le premier vers.
      • Entre la monotonie (la chanson) et la répétition infernale…
      • C’est cette ambivalence qui fascine.
      • Cette monotonie est à la fois rassurante et angoissante.
            

Conclusion

 

  • Poème séduisant par sa musicalité.
  • Mais aussi par l’universalité de sa thématique.
  • Poème en apparence traditionnelle mais qui est profondément moderne.
  • C’est aussi la perte de cette tradition ici qui est évoquée, et le lien qui unit la tradition à Apollinaire.
  • Porte la marque de Verlaine et annonce Prévert.
         

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