Le texte : La Nuit de Mai de Les Nuits (1835), Musset

 

LE POÈTE

Pourquoi mon cœur bat-il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M’éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m’appelle ? – Personne.
Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne ;
Ô solitude ! ô pauvreté !

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse,
Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu.
Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?

LE POÈTE

Est-ce toi dont la voix m’appelle,
Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
Ô ma fleur ! ô mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle
Où vive encor l’amour de moi !
Oui, te voilà, c’est toi, ma blonde,
C’est toi, ma maîtresse et ma sœur !
Et je sens, dans la nuit profonde,
De ta robe d’or qui m’inonde
Les rayons glisser dans mon cœur.

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; c’est moi, ton immortelle,
Qui t’ai vu cette nuit triste et silencieux,
Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle,
Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux.
Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire
Te ronge, quelque chose a gémi dans ton cœur ;
Quelque amour t’est venu, comme on en voit sur terre,
Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur. (…)

LE POÈTE

Ô Muse ! spectre insatiable,
Ne m’en demande pas si long.
L’homme n’écrit rien sur le sable
À l’heure où passe l’aquilon.
J’ai vu le temps où ma jeunesse
Sur mes lèvres était sans cesse
Prête à chanter comme un oiseau ;
Mais j’ai souffert un dur martyre,
Et le moins que j’en pourrais dire,
Si je l’essayais sur ma lyre,
La briserait comme un roseau.

             

Commentaire La Nuit de Mai de Les Nuits

 

Introduction

 

  • La « Nuit de mai » appartient à un ensemble de poésies intitulées « Les Nuits ».
  • Cette série de poèmes raconte, de manière symbolique, la relation entre Musset et George Sand, célèbre romancière.
  • La « Nuit de mai » se concentre sur la souffrance provoquée par l’échec amoureux, et le moyen de dépasser cette souffrance par la poésie.
  • Ces Nuits appartiennent au Romantisme, courant majeur de la littérature européenne de la première moitié du XIXe siècle.

 

Problématique 

 

Comment le poète surpasse sa douleur grâce à la poésie ?

       

Plan 

        

1ère partie → une peine amoureuse

2ème partie → le dépassement par la poésie

      

  1. Une peine amoureuse

    1. La douleur
      • Le thème principal du poème est la douleur.
      • Vocabulaire omniprésent dans le texte ; champ lexical de la douleur : « solitude », « pleurs », « triste », « souffres », « gémi », « dur martyre », « briser ».
      • Hyperbole : « Mais j’ai souffert un dur martyr, / Et le moins que j’en pourrais dire, / Si je l’essayais sur ma lyre, / La briserait comme un roseau. ».
      • Ponctuation expressive + anaphores de l’interjection poétique et lyrique « ô » : « Ô solitude ! Ô pauvreté ! », « Ô ma pauvre Muse », « Ô ma fleur ! Ô mon immortelle ».
      • Utilisation de l’octosyllabe → vers court et heurté : le poète s’exprime difficilement (contrairement à la Muse éthérée, dont le vers est l’alexandrin).
      • C’est la douleur de l’Homme qui est un des thèmes favoris du Romantisme.
           
    2. Présence de la Muse
      • La Muse devient un véritable personnage dans ce dialogue.
      • Elle est l’image de la femme, mère et amante → « Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas ? », etc.
      • Elle console et réconforte le Poète → « Prends ton luth » (répété deux fois en début de tirade), « c’est moi (…) qui pour pleurer avec toi descends du haut des cieux », etc.
      • Elle est aussi érotisée (désir) →  la volupté m’oppresse », « les vents altérés ont mis la lèvre en feu », « ma maîtresse ».
      • Mais elle est aussi et surtout la pureté (elle est « blonde »).
      • C’est l’allégorie de la Poésie.
               
    3. Un dialogue
      • Une particularité forte du poème est qu’il se présente sous forme de dialogue.
      • Deux personnages, qui sont deux grandes allégories : le « Poète » et la « Muse ».
      • Théâtralité du texte.
      • Éléments scéniques : « lampe », « porte ».
      • Jeux de lumières : « lampe à demi morte », « clarté », « rayons ».
      • C’est une mise en scène.
      • Qui renvoie aussi à la place importante du théâtre dans le Romantisme.
             
        [transition]
                
  2. La dépassement par la poésie

    1. Le processus de la « sublimation ».
      • La sublimation consiste à faire du réel quelque chose de plus beau, de plus universel.
      • La mise en scène de la douleur, et son expression poétique, permet au poète d’écrire.
      • Le Poète dépasse sa douleur amoureuse en en faisant un sujet poétique.
      • Les jeux d’ombres et de lumières renvoient à cette opposition de la douleur et de la sublimation.
      • « Pourquoi ma lampe à demi morte / M’éblouit-elle de clarté ».
      • « je sens, dans la nuit profonde, / de ta robe d’or qui m’inonde / les rayons glisser dans mon cœur ».
      • Les lumières viennent remplacer peu à peu les ténèbres.
             
    2. Une autre religiosité
      • La poésie devient une religion.
      • Elle apporte le Salut.
      • La Muse apparaît au Poète comme la vierge : « c’est moi, ton immortelle ».
      • Elle l’enjoint à la création : « Ô paresseux enfant ! Regarde, je suis belle. », « Poète, prends ton luth ».
      • Le désir sexuel physique est sublimé en création poétique.
      • Le poème est marqué par le fantastique : la lampe qui vacille, l’apparition de la Muse.
      • Nous sommes dans le Mystère chrétien (les « Mystères » étaient des pièces jouées au Moyen-Age).
               
    3. Le lyrisme
      • Le lyrisme est « l’expression des sentiments personnels ».
      • La mise en scène sert au Poète à exprimer son « moi ».
      • La Muse est donc un autre moi du Poète.
      • C’est une personnification de son inspiration.
      • Le « luth » est l’instrument d’Apollon et d’Orphée, les poètes par excellence.
      • Il y a célébration de la création mais aussi de la douleur qui fait écrire.
      • C’est le Romantisme.

 

Conclusion 

 

  • La relation avec George Sand devient un simple prétexte.
  • Le vrai sujet du poème est la nécessité de créer.
  • C’est par la douleur, la tragédie d’être humain, que l’on peut créer.
  • C’est dans Les Nuits que nous trouvons un des vers les plus célèbres de la poésie mondiale : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ».
  • Musset meurt alcoolique et dépressif à 46 ans.

 

Partagez

Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinmail

Des ebooks de méthodologie pour aller plus loin

Avec ces ebooks vous apprendrez la bonne méthode, pourrez travailler pas à pas sur des exemples, et étudier des corrigés d'épreuves précédentes.

Comment réussir son écrit d'invention pour le BAC ? Comment réussir  la question corpus et l'écrit d'invention  Comment faire un commentaire de texte pour le BAC de français Comment faire un commentaire de texte et la question corpus