Le texte : « Le repas d’anniversaire », L’Assommoir (1877), Zola

 

La nuit, lentement, était tombée ; un jour sale, d’un gris de cendre, s’épaississait derrière les rideaux. Quand Augustine posa deux lampes allumées, une à chaque bout de la table, la débandade du couvert apparut sous la vive clarté, les assiettes et les fourchettes grasses, la nappe tachée de vin, couverte de miettes. On étouffait dans l’odeur forte qui montait. Cependant, les nez se tournaient vers la cuisine, à certaines bouffées chaudes.

– Peut-on vous donner un coup de main ? cria Virginie.

Elle quitta sa chaise, passa dans la pièce voisine. Toutes les femmes, une à une, la suivirent. Elles entourèrent la rôtissoire, elles regardèrent avec un intérêt profond Gervaise et maman Coupeau qui tiraient sur la bête. Puis, une clameur s’éleva, où l’on distinguait les voix aiguës et les sauts de joie des enfants. Et il y eut une rentrée triomphale : Gervaise portait l’oie, les bras raidis, la face suante, épanouie dans un large rire silencieux ; les femmes marchaient derrière elle, riaient comme elle ; tandis que Nana, tout au bout, les yeux démesurément ouverts, se haussait pour voir. Quand l’oie fut sur la table, énorme, dorée, ruisselante de jus, on ne l’attaqua pas tout de suite. C’était un étonnement, une surprise respectueuse, qui avait coupé la voix à la société. On se la montrait avec des clignements d’yeux et des hochements de menton. Sacré mâtin ! quelle dame ! quelles cuisses et quel ventre !

         

Commentaire Le repas d’anniversaire de L’Assommoir

 

Introduction

 

  • Ce texte est un extrait du roman L’Assommoir de Zola, publié en 1877.
  • Il appartient au grand cycle romanesque : Les Rougon-Macquart.
  • Cet ensemble de romans raconte la vie des différents individus d’une famille sous le Second Empire.
  • L’Assommoir se concentre sur Gervaise Macquart, d’origine modeste, montée à Paris pour suivre son amant.
  • Nous sommes au milieu du roman, en 1868. C’est l’anniversaire de Gervaise. Pour l’occasion les femmes préparent une oie qu’elles font parader devant les convives avant de la cuisiner.

 

Problématique 

 

Pourquoi cette scène est à la fois un moment de gloire et l’annonce d’une décadence à venir ?

     

Plan 

      

1ère partie → Une fête

2ème partie → L’oie comme symbole

      

  1. Un moment de fête

    1. Une scène festive
      • C’est tout d’abord une scène festive.
      • L’ambiance est bonne, le vocabulaire le montre : « vive clarté », « les nez se tournaient vers la cuisine, à certaines bouffées chaudes », « épanouie », « rires », « surprise respectueuse », etc.
      • Ce passage marque le point culminant dans l’ascension de Gervaise, mais aussi le début de sa chute.
      • Dans le quotidien difficile de cette « société », la fête d’anniversaire marque une pause et un havre de joie.
             
    2. Une peinture sociale
      • Zola dresse un véritable tableau des gens du peuple.
      • Il mêle description et discours, avec une brièveté assumée.
      • Dans la tradition de la peinture flamande des tables déparaillées : « la débandade du couvert apparut sous la vive clarté, les assiettes et les fourchettes grasses, la nappe tachée de vin, couverte de miettes. ».
      • Les émotions et les sentiments sont vifs et exprimés : « une clameur s’éleva, où l’on distinguait les voix aiguës et les sauts de joie des enfants. ».
      • C’est la joie de vivre et la vivacité.
      • Mais aussi la rudesse, avec des exclamations familières : « Sacré mâtin ! Quelle dame ! Quelles cuisses et quel ventre ! ».
      • On retrouve aussi une attention sociologique : Zola décrit la situation des hommes et des femmes. Les hommes sont à table, les femmes à la cuisine : « Toutes les femmes, une à une, la suivirent. Elles entourèrent la rôtissoire, etc. ».
      • Pour les besoins du cycle romanesque, nous retrouvons aussi les personnages des Rougon-Macquart : Augustine, Virginie, Gervaise, maman Coupeau, Nana.
               
    3. Une critique sociale
      • Cette bienveillance envers le peuple n’est pas sans aller sans une critique sociale.
      • Le désordre est mis en avant : « Quand Augustine posa deux lampes allumées, une à chaque bout de la table, la débandade du couvert apparut sous la vive clarté, les assiettes et les fourchettes grasses, la nappe tachée de vin, couverte de miettes. ».
      • La saleté est également mise en avant : « grasses », « tachée de vin », « suante », « ruisselante de jus ».
      • La simplicité : c’est l’oie qui canalise l’attention et l’admiration.
      • La brutalité : l’oie va être tuée. « on ne l’attaqua pas tout de suite ».
      • Zola critique les attitudes humaines les plus basses : la violence, la bassesse.
      • Il s’attaque à des généralités, pas seulement au peuple.
             
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  2. Le joie de l’oie

    1. La symbolique de l’oie

      • L’oie est évidemment un symbole.
      • Il faut d’abord relever la progression de l’ombre vers la lumière.
      • Au début, c’est « la nuit », les « lampes sont allumées ».
      • À la fin du texte, l’oie resplendit, elle est « dorée », la joie s’exprime.
      • Nous avons une parodie religieuse (héritée de Rabelais).
      • Gervaise arrive dans un « rire silencieux », « les femmes marchaient derrière elle ». Il y a une « surprise respectueuse ».
      • C’est la reprise du thème biblique de l’adoration du Veau d’or. Le peuple se détourne de ses préoccupations les plus importantes.
               
    2. L’exagération
      • Même si nous sommes dans le Naturalisme, ce passage est caractérisé par son exagération.
      • L’oie est dépeinte de manière hyperbolique : « énorme, dorée, ruisselante de jus ».
      • Tout le monde s’extasie devant elle comme si elle était miraculeuse.
      • La peinture de la saleté et de l’atmosphère est elle aussi exagérée : « un jour sale, d’un gris de cendre », « la débandade », les « fourchettes grasses », la « nappe tachée », « on étouffait dans l’odeur forte qui montait ».
      • C’est pour amplifier l’exceptionnalité du moment, et son importance dans la trame narrative.
              
    3. Le personnage de Gervaise
      • La scène se concentre sur l’oie.
      • Mais elle se concentre aussi sur Gervaise.
      • Nous avons donc une assimilation entre l’oie et Gervaise.
      • C’est le moment de gloire de l’héroïne, mais aussi sa mise à mort annoncée : « Quand l’oie fut sur la table, énorme, dorée, ruisselante de jus, on ne l’attaqua pas tout de suite. »
      • L’attitude des convives est agressive, et presque sexuelle : « On se la montrait avec des clignements d’yeux et des hochements de menton ».
      • On ne sait pas très bien si c’est l’oie ou Gervaise qu’ils regardent.
      • Il y a sexualisation de l’oie : « ventre », « cuisses », « dame », etc.
      • Cela permet d’amorcer la deuxième moitié du roman.
               

Conclusion 

 

  • Le réalisme de cette scène laisse place à la caricature.
  • Nous sommes dans une mise à mort symbolique de l’héroïne à travers l’oie.
  • Les réalités sociales sont précises, mais elles passent ici au second plan.
  • L’important, pour Zola, est de peindre les réactions, les sentiments, les émotions, les attitudes des personnages.
  • Il étudie scientifiquement le peuple, ce qui est conforme au projet naturaliste.

 

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