Sujet de dissertation : En quoi Œdipe est un héros tragique ?

        Nous présentons ici un plan détaillé et commenté d’un sujet de dissertation classique sur l’œuvre de Sophocle, Œdipe Roi.

        Comme on peut le comprendre, ce qui est contenu dans les crochets  »[…] » sont les commentaires et les conseils qui, bien sûr, ne doivent pas apparaître dans la rédaction finale.

 

        Une dissertation (tout comme une analyse de texte) doit comprendre :

  • une introduction ;
  • deux ou trois parties principales ;
  • une transition entre chaque partie ;
  • une conclusion.

        Le correcteur attend trois choses :

  • des connaissances historiques (contexte) et théoriques (genre) ;
  • une bonne maîtrise de l’œuvre (savoir faire référence à des épisodes précis) ;
  • des qualités rédactionnelles, la maîtrise de la langue, l’expression claire et ordonnée des idées.

Dissertation détaillée

Introduction

 

[Présenter le sujet et l’analyser]

        Comme la question le présuppose, il ne fait aucun doute que le fils de Laïos et de Jocaste est un héros tragique. Il est même le héros tragique par excellence, cherchant à fuir sans y parvenir la malédiction qui le frappe et que l’oracle de Delphes lui a révélée.

La véritable question est donc ce que signifie cette tragédie et, de manière plus large, à quoi sert le tragique.

[Proposer une problématique qui résume l’analyse qui précède]

        Il nous faut donc nous demander en quoi l’adaptation du mythe d’Œdipe par Sophocle renvoie à des préoccupations civiques.

[Annoncer les parties générales (pas les sous-parties!) du plan]

        Pour répondre à cette question, nous étudierons dans une première partie la culpabilité du héros tragique, pour ensuite analyser les fonctions du mythe d’Œdipe.

 

I – La culpabilité d’Œdipe

 

A – Le contexte des Grandes Dionysies

Nous commençons ici par une recontextualisation historique et thématique du théâtre grec essentielle pour la compréhension de notre sujet. Mais attention : tous les sujets ne nécessitent pas cette mise au clair]

 

        [idée générale] Le théâtre grec a cette particularité d’être intimement lié à la vie sociale, politique et religieuse de la cité grecque.

  • C’est en effet au cours des « Grandes Dionysies », fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos, que les concours de théâtre ont lieu. Il s’agit pour un auteur de présenter 3 tragédies et une comédie devant la cité entière (celle des hommes et des femmes libres, à l’exception des esclaves et des étrangers), réunie plusieurs jours d’affilée.
  • Œdipe roi de Sophocle a été présentée entre 420 et 400 avant J.C, c’est-à-dire au Ve siècle avant notre ère. Il appartient à un cycle regroupant deux autres tragédies autour du même mythe, et une comédie.
  • L’histoire d’Œdipe est connue de tout le monde : les critères ne sont donc pas ceux de l’originalité, mais plutôt de l’efficacité dramatique [attention : « dramatique », dans le vocabulaire littéraire, signifie « théâtral » et non pas « tragique »!].

        Pour cela, Sophocle a introduit, dit-on, un troisième acteur sur scène qui permet une plus grande souplesse dans les dialogues, et donc une plus grande efficacité émotive qui confère à Œdipe une force tragique plus intense.

 

B – Une « machine infernale »

           [idée générale] Une tragédie est ce que Cocteau appelle une « machine infernale », titre de la pièce qu’il consacre au mythe Œdipe.

  • Cela signifie que tous les éléments du mythe amènent à l’issue fatale : la réalisation du destin annoncé par la pythie, c’est-à-dire le meurtre du père, l’amour interdit avec la mère, la cécité et l’errance d’Œdipe (que le devin Tirésias lui annonce alors qu’il est convoqué par Œdipe au début de la pièce).
  • Le mythe est construit de telle sorte qu’Œdipe ne peut pas échapper à son destin : quand il va consulter l’oracle de Delphes, la pythie lui apprend ce qui l’attend. Pour que la prophétie ne se réalise pas, il décide de quitter ceux qu’il croit être ses vrais parents, Polybe et Mérope, souverains de Corinthe. Ainsi, quand il tue sur son chemin (par colère et désespoir) des hommes qu’il rencontre (dont Laïos…) et que, plus tard, arrivé à Thèbes, il épouse la reine veuve, il n’a aucun moyen de savoir qu’il commet l’irrémédiable : c’est cette fatalité qui le définit comme héros tragique.
  • Il n’y a pas d’issue possible au destin prévu par les dieux.

 

C – Œdipe est-il coupable ?

           [idée générale] La pièce de Sophocle introduit une donnée psychologique au mythe : il lui donne plus d’humanité. Cette donnée psychologique est la faute morale d’Œdipe.

  • Œdipe appartient à la souche des Labdacides qui sont frappés de malédiction depuis que Labdicos (d’où le nom de la lignée) s’est opposé à l’introduction du culte de Dionysos à Thèbes, alors que le dieu revenait d’Inde. Labdicos est alors déchiré par les bacchantes (les prêtresses du culte de Dionysos qui rentrent en transe lors des cérémonies), tout comme le sera Penthée, autre membre de la famille. C’est cette faute originelle qui pèse encore sur Œdipe.
  • Mais en plus de cette malédiction qui poursuit les descendants de Labdicos, Œdipe se rend coupable, dans la pièce de Sophocle (et c’est une des originalités de cette œuvre), d’autres fautes, dont la plus terrible : l’hubris (ou « hybris »).

        L’hubris, c’est l’orgueil, la démesure.

        Elle est sensible chez Œdipe à travers ses colères :

  • quand il tue les voyageurs qu’il croise sur le chemin de Delphes ;
  • quand il insulte Tirésias ;
  • quand il bannit Créon.

        Le thème de l’hubris revient plusieurs fois dans la pièce, et c’est le chœur qui en fait un des thèmes principaux (→ deuxième stasimon).

        Œdipe est donc doublement coupable.

 

Transition

           [Résumer la première partie et annoncer la seconde]

        Héros tragique, Œdipe l’est à la fois par sa lignée et la malédiction qui pèse sur elle, mais aussi par son propre comportement. C’est que l’actualisation du mythe ancestral doit jouer un rôle actif dans la société.

 

II – Le rôle du mythe

 

A – La fonction sociale du mythe

        [idée générale] Le mythe a une fonction sociale précise.

  • Le mythe joue le rôle de morale : il définit ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.
  • Il y a une leçon dans le mythe d’Œdipe, et cette leçon est qu’il ne faut pas aller contre la volonté des dieux.
  • C’est une invitation à la stabilité sociale : il ne faut pas vouloir changer les choses, il faut respecter l’ordre établi. Autrement, l’individu fait preuve d’hubris (orgueil), comme Œdipe, il transgresse les lois humaines et divines, et pour cela, il est puni.
  • Ainsi le titre grec n’est pas Œdipe roi, mais Œdipe tyran : le « tyran » est celui qui usurpe le trône. Œdipe, abandonné à sa naissance, n’avait pas à devenir roi de Thèbes : il renverse l’ordre voulu par les dieux…

    Le théâtre antique tragique ne présente que des mythes : le rôle civique est une de ses caractéristiques fondamentales.

 

B – Le théâtre, miroir de la vie

        [idée générale] Le théâtre sert à actualiser le mythe, et pour cela il doit renvoyer l’image de la société à laquelle il appartient.

  • Les personnages de la pièce renvoient à des fonctions dans la cité :
    • Tirésias est le devin : il représente le religieux, les prêtres, le monde des dieux. Il est respecté par tout le peuple. Quand Œdipe l’attaque, il s’attaque aux dieux eux-mêmes.
    • Créon représente la raison d’État. Œdipe le soupçonne de vouloir prendre sa place, de fomenter un coup d’État (→ deuxième épisode), ce que celui-ci dément. L’argument qu’il utilise est le suivant : faisant partie de la famille royale, il jouit de sa position, sans avoir les contraintes des responsabilités : pourquoi, alors, voudrait-il prendre la place d’Œdipe ?
    • Jocaste est, pourrait-on dire, la « complice ». C’est pourquoi elle est elle-même punie. Non seulement elle sait avant Œdipe le crime dont ils sont tous les deux coupables, mais en plus elle tente de le persuader de ne pas poursuivre son enquête (amour filiale en plus de l’amour d’amante?). Comme Œdipe s’entête, elle décide de se suicider (ce sont avec les agrafes de sa tunique qu’Œdipe se crèvera les yeux).
    • le chœur : c’est un des éléments principaux de la pièce. Le chœur commente, analyse, s’apitoie : il guide le spectateur dans ses émotions. Il est le représentant du peuple.

        Nous avons donc toutes les composantes de la cité qui permet aux spectateurs de se projeter dans la pièce, alors qu’ils en connaissent le dénouement (c’est la catharsis : la purgation des passions par le spectacle).

 

C – L‘intemporalité du mythe

        [idée générale] Enfin, il faut, au terme de cette réflexion, évoquer la valeur intemporelle du mythe qui le rend aussi intéressant au XXIe siècle qu’il l’était au IVe siècle avant J.C.

  • Si on parle d’actualisation du mythe chez Corneille (Œdipe, 1659), Voltaire (Œdipe, 1718), Cocteau (La Machine infernale, 1927) ou encore Gide (Œdipe, 1932), il faut bien comprendre que c’était déjà le cas pour Sophocle.
  • le mythe est fondateur d’une société et de ses institutions, mais il a aussi un rôle herméneutique : c’est-à-dire qu’il faut l’interpréter.
  • Le mythe vient d’une tradition orale, présente des variantes, et n’existe qu’à travers les œuvres qui lui donne vie : arts visuels (qu’on pense aux vases grecs, en plus des peintures plus récentes d’Ingres ou de Gustave Moreau), arts littéraires (poésie, théâtre, etc).
  • C’est par la mise en scène, au théâtre, que cette interprétation est, par définition, visible : la pièce de Sophocle demande donc à être jouée.

        La pièce propose une visibilité du tragique : la mise en vers, la danse et le chant du chœur, participent de la portée tragique du héros. Il faut aussi se rappeler que les pièces n’ont été écrites qu’un siècle plus tard : Sophocle ne pouvait même pas concevoir que sa pièce fût seulement lue.

 

Conclusion

 

        Œdipe est le parangon du héros tragique : il subit la malédiction qui frappe sa famille, il est aveugle (c’est pourquoi aussi il se crève les yeux à la fin : la cécité devient physique, il en porte la marque), il devient mendiant, il entraîne la perte de sa famille.

        Mais l’important n’est pas qu’Œdipe soit un héros tragique, mais ce que cela signifie. Il y a une dimension civique forte dans la pièce : il faut respecter l’ordre établi. Mais il y a aussi une dimension psychologique qui caractérise en général le théâtre de Sophocle : Œdipe est coupable de son désir, comme Jocaste est coupable de son amour.

        Cette dimension psychologique, c’est peut-être Pasolini qui en est l’héritier le plus digne : son film Edipo re, qui présente aussi une interprétation politique forte, met en scène de manière subtile le sentiment de culpabilité dans une société où l’homosexualité était encore mal acceptée.

 

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