Sujet  : gouverner la France depuis 1946

CONSIGNE :

Montrez que ces deux documents témoignent de conceptions différentes du rôle et de l’action de l’Etat en France. En quoi le contexte de chacun de ces documents permet-il de comprendre ces conceptions ?

 

Document n°1 : Extraits des mémoires de Charles de Gaulle

 

Dans ses mémoires Charles de Gaulle rappelle quelques grands traits du gouvernement de la France après la Seconde Guerre mondiale.

« On peut dire qu’un trait essentiel de la résistance française est la volonté de rénovation sociale. Mais il faut la traduire en actes. Or, en raison de mes pouvoirs et du crédit1 que m’ouvre l’opinion, j’ai les moyens de le faire. […]

Etant donné que l’activité du pays dépend du charbon, du courant électrique, du gaz, du pétrole et dépendra un jour de la fission de l’atome, que pour porter l’économie française au niveau qu’exige le progrès ces sources doivent être développées, qu’il y faut des dépenses et des travaux que seule la collectivité est en mesure d’accomplir, la nationalisation s’impose.

Dans le même ordre d’idée, l’Etat se voit attribuer la direction du crédit. En effet, dès lors qu’il lui incombe de financer lui-même les investissements les plus lourds, il doit en recevoir directement les moyens. Ce sera fait par la nationalisation de la Banque de France et des grands établissements de crédit. […]

Enfin, pour amener l’économie nouvelle à s’investir, c’est-à-dire à prélever sur le présent afin de bâtir l’avenir, le « Haut-commissariat au Plan d’équipement et de modernisation » sera créé pendant cette même année. Mais il n’y a pas de progrès véritable si ceux qui le font de leurs mains ne doivent pas y trouver leur compte. Le gouvernement de la Libération entend qu’il en soit ainsi, non seulement par des augmentations des salaires, mais surtout par des institutions qui modifient profondément la condition ouvrière. L’année 1945 voit refondre entièrement et étendre à des domaines multiples le régime des assurances sociales. Tout salarié en sera obligatoirement couvert. Ainsi disparaît l’angoisse, aussi ancienne que l’espèce humaine, que la maladie, l’accident, la vieillesse, le chômage faisaient peser sur les laborieux. […] D’autre part, un système complet d’allocations familiales est alors mis en vigueur. »

Source : Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959

1 « … crédit que m’ouvre l’opinion » : crédit a ici le sens de « confiance de l’opinion » et non le sens financier que le mot prend dans le reste du texte

 

Document n°2 : Chirac devant l’Assemblée nationale, 9 avril 1986

 

Le RPR, parti gaulliste, a remporté les élections législatives de 1986. Jacques Chirac, issu du RPR, est alors nommé premier ministre par le président François Mitterrand.

« Depuis des décennies – certains diront même des siècles -, la tentation française par excellence a été celle du dirigisme d’Etat. Qu’il s’agisse de l’économie ou de l’éducation, de la culture ou de la recherche, des technologies nouvelles ou de la défense de l’environnement, c’est toujours vers l’Etat que s’est tourné le citoyen pour demander idées et subsides1. Peu à peu, s’est ainsi construite une société administrée, et même collectivisée2, où le pouvoir s’est concentré dans les mains d’experts formés à la gestion des grandes organisations. Ce système de gouvernement, qui est en même temps un modèle social, n’est pas dénué de qualités : il flatte notre goût national pour l’égalité ; il assure pérennité et stabilité au corps social ; il se concilie parfaitement avec le besoin de sécurité qui s’incarne dans l’Etat-Providence.

Mais il présente deux défauts rédhibitoires3 : il se détruit lui-même, par obésité4 ; et surtout, il menace d’amoindrir les libertés individuelles.

Les Français ont compris les dangers du dirigisme étatique et n’en veulent plus. Par un de ces paradoxes dont l’histoire a le secret, c’est précisément au moment où la socialisation semblait triompher que le besoin d’autonomie personnelle, nourri par l’élévation du niveau de culture et d’éducation, s’exprime avec le plus de force. Voilà d’où naissent sans aucun doute les tensions qui travaillent notre société depuis des années : collectivisation2 accrue de la vie quotidienne mais, inversement, recherche d’un nouvel équilibre entre les exigences de la justice pour tous et l’aspiration à plus de liberté pour chacun. »

 

Source : Serge Bernstein, Le gaullisme, documentation photographique n°8050, 2006.

1 Subside : aide financière

2 Collectivisée, collectivisation : références au modèle soviétique, utilisées comme argument dans le débat politique

3 Rédhibitoire : inacceptable

4 Idée que le dirigisme accroîtrait le poids de l’Etat et le rendrait moins efficace.

 

Corrigé de l’étude critique de document d’histoire

Après la seconde guerre mondiale, le modèle français de l’Etat, du gouvernement et de l’administration connaît de profondes transformations. Le modèle de l’état keynésien a été instauré mais  ce modèle va être de plus en plus remis en cause avec la crise économique de 1973.

Le document 1 est un extrait des mémoires de Charles de Gaulle qui est issu de l’oeuvre « Mémoires de guerre »  publié en 1959 . Charles de Gaulle, dévoile ses idées politiques. On apprend qu’il est favorable à la nationalisation et à l’intervention de  l’état pour  aider les salariés.

Le Document 2 est une déclaration de politique de Jacques Chirac prononcée le 9 avril 1986. Il montre les limites de l’État-Providence.

 

I/ Le gouvernement provisoire de la France

 

  • De Gaulle veut un Etat Keynésien : Etat est très présent dans l’économie. Contraire du libéralisme.
  • Fin de la seconde guerre mondiale : le pays est à reconstruire
  • Etat-providence :  financement par l’état d’équipements collectifs scolaires, de santé et culturels
  • document 1 : « Etant donné »… « la nationalisation s’impose ». De Gaulle veut nationaliser les entreprises liées à l’énergie.
  • Document 1 : « Dans le même temps »… « et des grands établissements de crédit ». De Gaulle veut nationaliser la Banque de France pour financer la modernisation de l’Etat
  • Ces nationalisations vont aboutir entre 1944 et 1946 dans le domaine de l’énergie, des transports, des banques et des assurances.
  • Document 1 : « Enfin, pour amener l’économie » … « un système d’allocations familliales est alors mis en vigueur ». De Gaulle veut instaurer les allocations chômage, retraite et santé pour les salariés.
  • Les ordonnances des 4 et 9 octobre 1945 : création de la sécurité sociale
  • Les femmes vont avoir le droit de vote
  • 1946 : De Gaulle démissionne

 

II/ Une remise en cause du rôle de l’Etat face à la crise

 

  • fin des trente glorieuses : réflexion sur la refondation de l’Etat
  • ous Mitterand : rôle de l’Etat est renforcé : 39 heures, impôt sur la fortune, retraite à 60 ans, 5e semaine de congé payés…
  • A partir de 1986 : politique de rigueur et désengagement de l’Etat avec des vagues de privatisations
  • période de cohabitation : Mitterrand/Chirac 
  • document 2 : Jacques Chirac est pour une réduction du poids et de l’action de l’Etat
  • décentralisation : transfert des compétences et des financements vers les collectivités territoriales

    De Gaulle est pour la mise en place d’un état-providence et Chirac dénonce ses limites. Après la seconde guerre mondiale il faut reconstruire la France et pour redonner une place importante au pays au niveau économique. Charles de Gaulle fait le choix de la nationalisation et des actions sociales. La crise économique que traverse le pays remet en cause le rôle de l’état-providence.

Aujourd’hui, le débat politique porte bien sur la réduction ou non de l’importance de l’État et des collectivités locales, et sur la possibilité du maintien ou non d’un modèle français, dans un contexte de crise européenne de la dette publique et de crise du système de protection sociale.

 

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