Sujet BAC série S philosophie 2014 – sujet 1 dissertation

 

L’artiste est-il maître de son oeuvre ?

 

Corrigé BAC série S philosophie 2014 – sujet 1 dissertation

C’est à un mystère l’art qu’il fallait réfléchir ici. En effet les œuvres d’art semblent non seulement se donner comme des objets absolument autonomes, doués de leur propre vie, mais il semble avoir coupé tous les ponts avec eux qui leur ont donné vie. Du mythe du sculpteur Pygmalion dont la statue Galatée prend vie à celui de Frankenstein, c’est bien cette énigme de l’œuvre qui s’émancipe de son créateur qui intrigue et doit être pensée comme la modalité générale de l’art. Relève-t-elle d’une mystification ou d’une réalité ? En quel sens doit-on entendre l’idée de « maîtrise » ? Et quelle est le véritable lieu de l’oeuvre ?

 

I) Le génie comme dépossession de soi

 

  • Selon toute la tradition romantique l’artiste est cet être tourmenté, témoin malgré lui d’une œuvre d’art dont il n’est que l’accoucheur dans les douleurs de l’enfantement (ex : Van Gogh). Cela repose sur l’idée que le moteur de l’art serait l’inspiration dont Platon déjà dérivait le mystère à défaut de l’expliquer :« c’est chose légère que le poète, ailée, sacrée ; il n’est pas en état de créer avant d’être inspiré par un dieu, hors de lui, et de n’avoir plus sa raison » et « les poètes ne sont pas autre chose que les interprètes des dieux » (Ion). Le poète ne serait donc pas le véritable auteur du poème.
     
  • Idée de génie précisée par Kant dans la Critique de la faculté de juger (originalité puisque sa création à la différence de la production est  hors règles et sans modèle, sauvage, inouïe ; exemplarité puisque l’originalité seule pourrait être absurde et que génie fait école sans être lui-même d’aucune école ; obscur pour lui-même)
     
  • Ainsi le génie n’est-il pas maître de la création de l’œuvre.
     

Pourtant on peut se demander si cette caractérisation de l’activité de l‘artiste n’est pas restrictive, voire même si elle ne relève pas d’une mystification.

 
II) Tout art suppose une maîtrise
  
  • Cette conception de  l’artiste comme créateur inspiré a une histoire et un présupposé philosophique. Elle est historiquement liée à la séparation qui a eu lieu autour de la Renaissance et qui a conduit à la séparation radicale des beaux-arts et de la technique. Or l’art, comme tout savoir faire (ars) suppose une technique. Ainsi la musique, la peinture, la sculpture suppose un apprentissage, la transmission d’une culture et d’un langage propre (cf écoles d’arts, concours, environnement social artistique, promotion culturelle de l’esthétique)
     
  • Plus encore on peut se demander si cette idéalisation, sublimation de l’artiste n’est pas le produit d’une mystification de type idéaliste (création d’un arrière-monde)
     

C’est cette idée mystificatrice que critique Nietzsche dans un texte célèbre de Humain trop humain : « L’activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l’activité de l’inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s’expliquent si l’on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d’observer diligemment leur vie intérieure et celle d’autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d’apprendre d’abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l’homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie mais aucune n’est un « miracle ».

Ainsi Picasso écrivait : « Chaque être, explique Picasso, possède la même somme d’énergie. La personne moyenne gaspille la sienne de mille manières. Moi je canalise mes forces dans une seule direction, la peinture et lui sacrifie le reste (vous et tout le monde, moi inclus »
 

  • Mais l’essentiel d’une œuvre ne réside pas dans sa fabrication mais bien plutôt dans sa signification, ses effets sur la société et la portée symbolique qui lui sera accordée. C’est tout le travail de l’herméneutique mais aussi de sciences humaines qui déplie les significations cachées, les ambiguïtés, les filiations que le temps seul peut révéler.

 

Transition : mais l’œuvre d’art n’existe-elle pas avant tout dans la réception par celui qui la reconnaît comme telle ? Quelle conséquence doit-on tirer de la révolution contemporaine opérée par Duchamp et sa fameuse Fontaine.

  
III) L’artiste n’est pas maître de la signification de son œuvre
 
  • Dimension inconsciente de l’œuvre : cf Freud, par rapport à Leonard de Vinci par exemple.
     
  • Dimension historique : L’œuvre d’art est toujours l’objet de récupérations (La liberté guidant le peuple de Delacroix), réinterprétation (art expressionniste par les nazis), promotion et utilisation politique (Le sacre de napoléon), etc. qui échappent en partie ou totalement à l’artiste
     
  • Dimension esthétique : le chef-d’œuvre n’est reconnu comme tel que parce qu’il correspond à ce qu’une époque, parfois radicalement séparée, va lui reconnaître (art antique célébré par les régimes fascistes), ainsi qu’à la filiation qu’il va enfanter (cf van Gogh reconnu par les peintres allemands)
 
 

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