Sujet BAC série ES philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

L’artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ?

Corrigé BAC série ES philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

L’artiste fait évidemment éprouver, ressentir mais on ne comprend pas bien en quel sens il donnerait à comprendre. Qu’y aurait-il à comprendre en écoutant un symphonie de Mozart ou en contemplant un carré blanc sur fond blanc de Malévitch ? Et si c’était le cas ce serait donner à comprendre quelque chose que les autres savoir ou activité humaines ne donnent pas. Pourtant on pouvait observer la richesse du verbe comprendre qui se distingue d’expliquer mais signifie aussi englober, relier, prendre en soi. Il s’agit donc de penser l’intention et la réussite des l’entreprise artistique selon cette modalité d’un lien entre le spectateur et lui, entre ses œuvres et le monde, entre les hommes eux-mêmes.

 

I) Le projet artistique s’inscrit dans un travail de la conscience sur elle-même
     
  • Hegel reprend cette généalogie de la conscience et évoque l’image d’un enfant qui s’amuse à jeter des cailloux dans un fleuve et admire les cercles qui se dessinent à la surface de l’eau. A la question de savoir pourquoi l’enfant tire autant de plaisir de cette activité apparemment insignifiante, Hegel répond qu’elle constitue le commencement même de l’humanité par la contemplation à l’extérieur de lui de sa propre conscience, de sa propre vie intérieure.
  • La conscience de soi consiste ainsi à se de dédoubler et à imprimer sa marque sur le monde pour s’y reconnaître. Mais il va plus loin en concluant « Ce besoin passe par les manifestations les plus variées et les figures les plus diverses avant d’aboutir à ce mode de production de soi-même dans les choses extérieures tel qu’il se manifeste dans l’œuvre d’art ». C’est pourquoi l’artiste doit être pensé comme celui qui produit par le travail de sa conscience créatrice une image singulière et inouïe de lui-même, qu’il tend à la société qui peut (ou pas) s’y reconnaître.
  • D’où ce pouvoir extraordinaire de l’art qu’il décrit dans l’Esthétique : «Éveiller l’âme : tel est, dit-on, le but final de l’art, tel est l’effet qu’il doit chercher à obtenir. C’est de cela que nous avons à nous occuper en premier lieu. En envisageant le but final de l’art sous ce dernier aspect, en nous demandant notamment quelle est l’action qu’il doit exercer, qu’il peut exercer et qu’il exerce effectivement, nous constatons aussitôt que le contenu de l’art comprend tout le contenu de l’âme et de l’esprit, que son but consiste à révéler à l’âme tout ce qu’elle recèle d’essentiel, de grand, de sublime, de respectable et de vrai. Il nous procure, d’une part, l’expérience de la vie réelle, nous transporte dans des situations que notre expérience personnelle ne nous fait pas, et ne nous fera peut-être jamais connaître : les expériences des personnes qu’il représente, et, grâce à la part que nous prenons à ce qui arrive à ces personnes, nous devenons capables de ressentir plus profondément ce qui se passe en nous-mêmes. D’une façon générale, le but de l’art consiste à rendre accessible à l’intuition ce qui existe dans l’esprit humain, la vérité que l’homme abrite dans son esprit, ce qui remue la poitrine humaine et agite l’esprit humain. C’est ce que l’art a pour tâche de représenter, et il le fait au moyen de l’apparence qui, comme telle, nous est indifférente, dès l’instant où elle sert à éveiller en nous le sentiment et la conscience de quelque chose de plus élevé. C’est ainsi que l’art renseigne sur l’humain, éveille des sentiments endormis, nous met en présence des vrais intérêts de l’esprit. Nous voyons ainsi que l’art agit en remuant, dans leur profondeur, leur richesse et leur variété, tous les sentiments qui s’agitent dans l’âme humaine, et en intégrant dans le champ de notre expérience ce qui se pas se dans les régions intimes de cette âme. « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » : telle est la devise qu’on peut appliquer à l’art.

 

II) Comprendre n’est pas expliquer
    
  • Rien ne serait pire que de réduire l’œuvre d’art à un message. L’artiste n’est pas là pour expliquer, sinon son entreprise serait vaine et bien maladroite compte-tenu de l’ambiguïté profonde des œuvres.
  • En revanche une fois identifiée la distinction entre expliquer et comprendre (Dilthey) le rôle d’éclaireur de l’artiste peut apparaître. Expliquer c’est étymologiquement déplier. Expliquer, c’est mettre en évidence un lien objectif qui unit un phénomène au processus qui en est la cause. C’est ainsi énoncer la loi qui préside à sa production. Comprendre c’est étymologiquement prendre ensemble, dans une opération de synthèse, en ramenant à l’unité d’un sens, d’une intention, d’un projet ; c’est unifier en pensée un acte ou une parole en les rapportant à leur raison d’être effectué ou dite. C’est pourquoi l’œuvre d’art devra être interprétée.
  • L’artiste vise donc à unifier les choses, à revenir à cette sympathie, cette unité fondamentale du monde, par delà les distinction intellectuelle, logique, utilitaires. Merleau-Ponty a étudié, ou plutôt décrit cette entreprise du peintre, en l’occurrence Cézanne, qui cherche à atteindre ce moment où « le sentir est cette communication vitale avec le monde qui nous le rend présent comme lieu familier de notre vie”, qui cherche à saisir comment le monde nous touche. On pouvait penser aussi à la puissance unificatrice des synesthésie de Baudelaire que reprend Rimbaud : « Je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens » (Alchimie du Verbe).

 

III) L’artiste ne donne pas à comprendre « il rend visible » (Paul Klee)
    
  • Il faut envisager l’entreprise titanesque et prométhéenne de l’artiste comme celle d’une recréation du monde. L’effort de l’artiste consiste à enrichir notre rapport au monde, notre perception, notre sensibilité afin de nous délivrer du rapport logique, utilitaire et distinctif qui nous anime et qui simplifie toute choses.
  • Face à “la science manipule les choses et renonce à les habiter” (Merleau-Ponty) l’artiste est celui qui nous invite à habiter pleinement le monde.
  • Platon est extrêmement visionnaire dans la République en affirmant que l’artisan a un savoir faire dont ne dispose pas l’artiste parce qu’effectivement le créateur n’est pas fondamentalement quelqu’un qui fait mais quelqu’un qui montre, qui donne à voir. En cela il n’apporte rien de substantiel, de palpable. Mais c’est justement pour cette raison que l’art est une activité indispensable de l’homme. L’art est l’une des façons que l’esprit a de se saisir lui-même dans une forme sensible, extérieure à lui et libéré des contraintes de l’existence ordinaire. Mais ce faisant les œuvres d’art transforment ceux qui les contemplent. Alain conclut ainsi : « Je ne dirai pas seulement que ce sont les génies enchanteurs qui nous délivrent de l’ennui; je dirai qu’ils nous font nous-mêmes poètes et peintres ». Et c’est en cela que réside la vérité de l’art.

 

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