Sujet BAC série ES philosophie 2015 – sujet 1 dissertation

La conscience de l’individu n’est-elle que le reflet de la société à laquelle elle appartient ?

Corrigé BAC série ES philosophie 2015 – sujet 1 dissertation

Il s’agissait de penser le rapport entre l’individu et la société sur le mode et la notion importante de déterminisme. Pourtant le terme « reflet » renvoyait à des signification multiples qui dessinaient autant de rapport possibles de l’individu à son environnement social. Effet lumineux et affaibli produit par la réflexion, image plus ou moins nette, nuance apparaissant en surface, le terme de reflet indique qu’il faudrait interroger la conscience comme capacité de réflexivité mais aussi comme contenus de pensées, de représentations, de croyance ou de goût. Quelle est l’espace de jeu de l’individu dans la société ? En est-il une forme seconde ou bien l’auteur et créateur ? La conscience doit-elle être pensée comme une puissance de création ou bien comme une illusion dans un jeu d’apparences.

 

I) La conscience comme faculté de création de l’individu
     
  • On pense généralement que la conscience est spécifique à chacun, qu’elle constitue ce qu’il y a de plus intime, subjectif et inaccessible en chacun. C’est la démonstration que fait Descartes dans l’expérience du Cogito où s’affirme le sujet par la mise à distance du monde matériel mais aussi du monde social, de ses croyances et opinions douteuses.
  • Hegel reprend cette généalogie de la conscience et évoque l’image d’un enfant qui s’amuse à jeter des cailloux dans un fleuve et admire les cercles qui se dessinent à la surface de l’eau. A la question de savoir pourquoi l’enfant tire autant de plaisir de cette activité apparemment insignifiante, Hegel répond qu’elle constitue le commencement^même de l’humanité par la contemplation à l’extérieur de lui de sa propre conscience, de sa propre vie intérieure. La conscience de soi consiste ainsi à se de dédoubler et à imprimer sa marque sur le monde pour s’y reconnaître.
  • Mais il va plus loin en concluant « Ce besoin passe par les manifestations les plus variées et les figures les plus diverses avant d’aboutir à ce mode de production de soi-même dans les choses extérieures tel qu’il se manifeste dans l’œuvre d’art ». C’est pourquoi l’artiste doit être pensé comme celui qui produit par le travail de sa conscience créatrice une image singulière et inouïe de lui-même, qu’il tend à la société qui peut (ou pas) s’y reconnaître.

 

II) L’indépendance des consciences individuelles relève cependant peut-être d’une illusion
     
  • C’est ainsi qu’elle est dépendante de la société dans laquelle elle se construit. Le sociologue Bourdieu appelle habitus le fait de se socialiser dans une société donnée et de s’incorporer les normes, les « systèmes de dispositions réglées » de cette société. Cette acquisition commune de capital social et culturel conduit les individus des mêmes classes sociales à avoir les mêmes comportements, goûts et  styles de vie (loisirs, alimentation, culture, travail, éducation, consommation…). Le mécanisme de la distinction sociale consiste donc en même temps à s’identifier à une classe sociale contre d’autres classes selon une hiérarchie qui sera assumée, contestée, contournée.
  • Cette identification ne serait pas possible si, plus profondément la conscience ne se construisait pas en intégrant le regard de l’autre. C’est la dimension intersubjective de la conscience qui fait qu’autrui est la condition de la conscience de soi (cf dialectique du maître et de l’esclave).
  • Enfin Marx et le matérialisme historique ont mis en évidence le fait que la société était elle-même déterminée par des conditions matérielles dont les individus ne sont que des reflets, au sens de miroir déformés parce qu’incapables de trouver l’origine véritable de la réalité consciente. « Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté ; ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports forme ; la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s’élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. »

 

Transition : mais la conscience des déterminismes sociaux n’est-elle pas justement un moyen de s’en libérer ?

 

III) Les moyens de l’émancipation des consciences
     
  • Dans l’allégorie de la caverne est parfaitement montrée cette pression sociale qui condamne la plupart à n’avoir que la conscience du groupe social qui n’est lui-même que la conséquence d’une situation particulière. Mais en même temps le rôle du savoir est justement d’échapper au régime de l’opinion et à penser selon le régime de la raison. Cette puissance critique acquise est évidemment dangereuse pour la cité et Socrate, tout comme Galilée ou Spinoza en feront les frais. Mais c’est bien la preuve de la capacité d’émancipation des consciences par la raison.
  • La position de Bourdieu est éclairante par rapport au rôle du savoir dans l’émancipation : « comment ne pas voir qu’en énonçant les déterminants sociaux des pratiques, des pratiques intellectuelles notamment, le sociologue donne les chances d’une certaine liberté par rapport à ces déterminants ? C’est à travers l’illusion de liberté à l’égard des déterminations sociales (illusion dont j’ai dit cent fois qu’elle est la détermination spécifique des intellectuels) que liberté est donnée aux déterminations sociales de s’exercer. […] Ainsi, paradoxalement, la sociologie libère en libérant de l’illusion de la liberté, ou, plus exactement, de la croyance mal placée dans des libertés illusoires. » (Choses dites).
  • C’est pourquoi il est toujours possible pour l’individu de ne plus être le simple reflet de la société mais de l’éclairer, comme l’ont fait les grands hommes et comme les penseurs des Lumières se l’était donné pour fin. C’est d’autant plus aisé que les individus n’appartiennent pas à une société unique mais à de multiples univers sociaux qui permettent autant de distance critique par rapport à une société. Ici l’art, l’histoire, la culture, la philosophie ont tout leur rôle à jouer. La liberté ne repose donc pas sur l’indépendance par rapport à la société mais sur l’appartenance à de multiples cercles sociaux symboliques (Jacques Généreux, L’avenir de la liberté).
     
Conclusion :
  
Ainsi les consciences individuelles ne se constituent pas indépendamment des sociétés mais elles peuvent s’en émanciper par la raison, la complexité et la variété des appartenances et par la connaissance des déterminismes. Elles ne sont plus seulement des reflet affaiblis mais peuvent redevenir des lumières donnant sens, valeur et beauté au monde.
 
À condition de ne pas oublier cette méfiance de Nietzsche formulée dans Le voyageur et son ombre : « Que d’hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller ».
   

 

 

 

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