Sujet BAC série L philosophie 2015 – sujet 1 dissertation

Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?

Corrigé BAC série L philosophie 2015 – sujet 1 dissertation

La modernité s’est constitué sur la séparation radicale entre l’homme et le reste de la nature, y compris les êtres vivants. C’est ainsi que le projet techno-scientifique de cette modernité a été formulé par Descartes : « se rendre comme maître et possesseur de la nature ». Or cette distinction et son enjeu pratique est manifestement parvenu à ses limites. En effet les désordres environnementaux nous conduisent à la conscience que nous avons à prendre soin de la nature qui n’est plus face à nous, comme le cogito face au monde, mais dont nous faisons partie en tant qu’écosystème. Le xxème siècle a été celui d’un conscience croissante de la proximité de l’homme par rapport au vivant . D’un point de vue juridique cela a conduit l’Assemblée nationale à reconnaître en décembre 2015 aux animaux la qualité symbolique d’« êtres vivants doués de sensibilité ». La question se pose donc de savoir si respecter tout vivant est un devoir moral ?

 

I) Le respect moral est uniquement dû aux personnes
     
  • Kant montre que le respect ne peut concerner que les personnes parce qu’elles seules sont dignes. Cette dignité repose sur la capacité à s’extraire de la causalité naturelle et à manifester sa raison et sa liberté. C’est ainsi que seul l’homme doit toujours être traité comme une fin en soi alors que les choses peuvent être traitées comme des moyens.
       
    « Le respect s’applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l’inclination et même de l’amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais du respect. » (Critique de la raison pratique)
        
  • Cela ne conduit nécessairement, au contraire, à maltraiter un animal le vivant mais Kant n’y voit qu’un respect moral indirect. Par exemple ne pas élever les animaux n’importe comment parce que cela nuirait finalement aux hommes, ne pas piétiner ou saccager la nature parce que cela serait irrespectueux pour les générations futures. Mais le devoir moral ne concerne pas directement le vivant.
  • Mais l’affection est insuffisante à constituer une morale parce qu’elle relève encore de la sensibilité et est donc varaible en fonction de nos intérêt et de la subjectivité de nos inclinations. Or la morale prétend à l’universalité. Kant : « Tous les objets des inclinations n’ont qu’une valeur conditionnelle ; car si les inclinations et les besoins qui en dérivent n’existaient pas, leur objet serait sans valeur. » 

Transition : or, notre sensibilité et notre connaissance du vivant a conduit à remettre en question cette distinction radicale.

 

II) Une refondation éthique de la relation aux vivants
    
  • Même si le modèle moral s’est longtemps imposé il se heuret à plusieurs contradictions. Premièrement Kant oublie de distinguer agents moraux et patients moraux. C’est en effet une chose de pouvoir agir par respect de la loi morale, ce qui définit la liberté pour Kant, et pouvoir être l’objet d’une attention morale. Emile Zola le formule parfaitement : « Pourquoi la souffrance d’une bête me bouleverse-t-elle ainsi ? Pourquoi ne puis-je supporter l’idée qu’une bête souffre, au point de me relever la nuit, l’hiver, pour m’assurer que mon chat a bien sa tasse d’eau ? Pour moi, je crois que ma charité pour les bêtes est faite de ce qu’elles ne peuvent parler, expliquer leurs besoins, indiquer leurs maux. Une créature qui souffre et qui n’a aucun moyen de nous faire entendre comment et pourquoi elle souffre, n’est-ce pas affreux, n’est-ce pas angoissant ? ». Deuxièmement il n’y aurait aucune raison de respecter le nouveaux-né, le déficient mental ou le vieillard sénile puisqu’il ne sont pas capable de manifester cette distance par rapport à la causalité. Enfin cette distinction conduit à ne jamais être certain d’avoir accompli la morale parce que motivations des actions ne sont jamais parfaitement transparentes, y compris pour nous même.
  • Au nom de ses raison (logiques ou pragmatiques) les empiristes, disciples des matérialistes antiques proposent de fonder le respect non sur la raison ou sur l’hypothétique liberté morale mais sur la sensibilité : « Peut-être un jour viendra où le reste du règne animal retrouvera ces droits qui n’auraient jamais pu lui être enlevés autrement que par la tyrannie. Les Français ont déjà réalisé que la peau foncée n’est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d’un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour de s’apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l’extrémité de l’os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner une créature sensible au même sort. Quoi d’autre devrait tracer la ligne de démarcation ? Serait-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté du langage ? Mais un cheval parvenu à maturité ou un chien est, par-delà toute comparaison, un animal plus sociable et plus raisonnable qu’un nouveau-né âgé d’un jour, d’une semaine ou même d’un mois. Mais supposons qu’il en soit autrement, à quoi cela nous servirait-il ? La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : peuvent-ils souffrir ? » Introduction aux principes de la morale et de la loi, Jeremy Bentham
  • Cette refondation dont nous voyons deux siècles plus tard l’avènement conduit à distinguer la morale de l’éthique, qui est affaire de circonstances, de degrés et d’efficacité. Ainsi toutes les questions concernant l’avortement, l’euthanasie peuvent trouver des solutions du point de vue du respect éthique de la vie.

Transition : mais cela conduit-il à nier la spécificité de l’homme

 

III) Pourtant cela ne conduit pas à respecter « tout » vivant de manière identique
     
  • Une éthique fondée sur la capacité à souffrir conduit à prendre en compte la progressivité de la conscience, de la mémoire, de sentiments…et même de la culture (cf éthologue Lestel , Les origines animales de la culture)
  • On peut ainsi envisager que certains virus malfaisants ne fasse pas l’objet d’un respect et qu’il y ait au contraire une hiérarchie au sein du règne animal. L’éthique est toujours conditionnelle et spécifique.

 

   
 

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