Sujet BAC série S philosophie 2015 – sujet 2 dissertation

Une oeuvre d’art a t-elle toujours un sens ?

Corrigé BAC série S philosophie 2015 – sujet 2 dissertation

On affirme souvent que ce qui fait l’intérêt d’une œuvre d’art est «  le message  » qu’elle porterait. L’exemple phare serait ainsi l’œuvre Guernica de Pablo Picasso, chef d’œuvre de l’art engagé, contre la guerre, la violence abjecte contre les civils et les innocents. Or n’est-ce pas réduire l’œuvre à une utilité alors même que l’art se caractérise par sa gratuité et on inutilité  ? Et que penser de cette idée de message face à de nombreuses œuvre voire genre (la musique, l’architecture par exemple) dont le message est tout sauf clair  ? Enfin comment expliquer la diversité des réceptions des œuvres d’art si on affirme qu’elles ont UN sens  ?

Pour répondre à ces questions il faudra se demander en quel sens doit être pris le mot «  sens  »  : justification, rationalité, signification, direction ? Et si ce sens peut être réduit à l’unité contre toute ambiguïté.

 

I) L’oeuvre d’art ne se réduit pas à un message
       
  • Il serait peu efficace pour l’artiste de vouloir «  faire passer un message  ». Tout d’abord parce que le support choisi est trop ambigu et se prête trop aux contresens. Ainsi même une œuvre comme La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix se révèle extrêmement ambiguë lorsqu’on sait le peu de sympathie que l’auteur avait pour le peuple en arme et les révolutions. Le sens que nous accordons à une œuvre, en l’occurrence un hymne à la liberté et au soulèvement populaire, s’avère très loin de l’intention originelle de l’auteur.
  • Mais l’idée même d’un sens clairement formulable devient absurde lorsqu’on l’applique aux arts non figuratifs que sont par exemple la musique, la peinture abstraite ou l’architecture. Quel serait le « message » d’un monochrome bleu d’Yves Klein ? Plus radicalement c’est la critique que fait Platon dans la Republique où il préconise de chasser les artistes de la cité idéale qu’il appelle de ses vœux parce qu’ils seraient des pourvoyeurs d’illusions qui détournent de la vérité en nos enfermant dans l’apparence. L’œuvre d’art n’aurait ainsi pas un sens mais s’adresserait aux sens et pour cela est hautement condamnable.

 

II) L’oeuvre d’art institue un sens
      
  • Kant montre bien toute la puissance de l’artiste génial qu’il définit par quatre caractéristiques essentielles : il est original, exemplaire, obscur pour lui-même et propre aux beaux arts. Les deux premiers traits nous intéressent particulièrement parce que le génie est celui qui donne à voir une œuvre si inattendue, imprévisible que son sens échappe nécessairement aux contemporains. Mais en même temps elle n’est pas totalement insensé, absurde, et peut donc constituer un exemple pour les autres artistes. Ainsi l’œuvre d’art géniale est celle qui donne une nouvelle direction, un nouveaux sens à l’art lui-même et qui ouvre une voie. Un tableau comme Impression soleil levant de Monet ouvre ainsi la voie de l’impressionnisme.
  • C’est pourquoi le sens de l’œuvre d’art est avant tout de revenir à l’origine de la perception elle-même, qu’elle cultive, enrichit, approfondit. L’œuvre d’art institue les sens. Comme le dit le peintre Paul Klee : « L’art ne reproduit pas le visible. Il rend visible »
  • L’œuvre d’art éduque les sens et fonde le sens (signification) parce que ce qui a un sens (rationnel) pour nous suppose une expérience qui est rendue possible par l’œuvre. La puissance du cinéma par exemple est de nous rendre signifiant certaines expériences (historiques, émotionnelles, éthiques, intellectuelles) qui sinon resteraient vagues et abstraites.

 

III) L’oeuvre d’art est donc par définition polysémique
       
  • Même si elle s’adresse à un sens en particulier (la vue pour la peinture, l’ouïe pour la musique) elle concerne tous les sens qu’elle s’évertue à mettre en relation là où la perception utilitaire ou la pensée intellectuelle distingue. C’est le projet par exemple des Correspondances de Baudelaire et ses fameuses synesthésies : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent   Dans une ténébreuse et profonde unité. »
  • Ainsi a-t-elle le pouvoir de dire ce que le langage ordinaire, ne peut dire. En ce sens la musique est exemplaire parce que son sens est justement de dire le caractère profondément éphémère de toute chose :  « Les sons ne trouvent leur écho qu’au plus profond de l’âme, atteinte et remuée dans sa subjectivité idéelle » (Hegel)
  • Le sens de l’œuvre d’art est donc multiple et complexe. On ne peut d’ailleurs que s’étonner devant la richesse et la finesse infinie des commentaires des œuvres d’art. Ceci s’explique par le fait que l’œuvre d’art n’est pas seulement un objet fabriqué artificiellement par l’homme et qui aurait UNE utilité (pédagogique, historique,morale) qui se fonderait sur une signification. L’œuvre d’art a la faculté étonnante de vivre sa propre vie, d’interroger le spectateur et de provoquer en lui de nouvelles émotions à chacune de ses rencontres.
    
Conclusion :
         
L’œuvre d’art est une richesse inépuisable de sens (exemple : le mythe) qui puise son énergie à l’origine même de l’expérience sensible et, pour reprendre l’expression de Merleau-Ponty « qui fait que les choses ont une chair ».
    
      

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