Sujet BAC série ES philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ?

Corrigé BAC série ES philosophie 2016 – sujet 2 dissertation  – Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ?

 

 

La promotion récente de l’idée d’un devoir de mémoire, le nombre croissant de commémorations, les questions lancinantes sur l’identité et les racines rendraient presque cette question incompréhensible si l’histoire elle-même ne nous apprenait pas à relativiser l’importance de l’étude de l’histoire. C’est paradoxalement dans les périodes où l’histoire tend à s’accélérer que l’étude de l’histoire perd de sa nécessité, tout comme individuellement nous ne nous posons pas la question du sens de ce que nous faisons parce qu’il s’agit avant tout de vivre l’action et de s’y engager pleinement. La question du pourquoi doit donc être abordé de trois points de vue : celui du but (pour quoi), celui de la raison ou de la cause (pourquoi) et celui du sens, parce que les actions humaines, et l’étude en premier lieu ne peut s’accomplir sans la conscience de sa propre signification. Cette ambiguïté du «pourquoi » se redouble d’une ambiguïté de l’histoire qui est récit, cours des événements et science humaine portant sur ce cours des événements. Enfin la notion d’intérêt porte au sens vénal sur ce qu’on peut en retirer matériellement et au sens intellectuel sur ce qui peut susciter notre curiosité notre engouement. Autant de difficultés qui doivent être abordées pour répondre à cette question.


I L’étude de l’histoire semble déterminée par la logique de l’utilité

1°) Logique de l’intérêt renvoie toutes les pratiques à l’obligation de justifier leur utilité, autrement ce qu’elle rapporte matériellement à la société. En ce sens c’est l’existence d’un marché (lecteurs de livres d’histoire, d’émissions de radio ou de télévision, étudiants en histoire, films, expositions) qui détermine l’existence de métiers nécessitant l’étude de l’histoire (historiens, professeurs d’histoire, consultants pour les œuvres de fiction ou les expositions, etc).

2°) On peut aussi constater une instrumentalisation politique de l’histoire comme l’avait révélé « l’affaire » du résistant communiste Guy Môquet dont le président Nicolas Sarkoy avait souhaité que la lettre d’adieu avant qu’il soit fusillé soit lue lors de la rentrée des classes.

3°) Plus largement l’étude de l’histoire fonde une identité individuelle et collective et donne sens à nos actions. Si l’histoire est la manifestation de la conscience collective elle est la tentative pour immortaliser notre action. C’est d’elle que résultent à la fois la grandeur et l’illusion de toue entreprise humaine. En tant qu’œuvre collective l’histoire prend donc réellement sa source dans la sphère politique, c’est-à-dire le lieu de la prise de conscience, du débat et de la légitimation de toute parole. → Débat démocratique permanent et instruit est la condition d’un monde où chacun puisse se reconnaître.

Transition : même si on peut identifier plusieurs raisons d’étudier l’histoire, l’idée d’intérêt pose problème et doit être éclaircie.

 

II L’intérêt de l’histoire réside donc avant tout dans son caractère désintéressée

1°) L’idée de faire une chose par intérêt est une idée qui peut se comprendre mais dont la grandeur, la noblesse voire la dignité pose problème. On peut affirmer que tout l’intérêt des plus hautes activités humaines telles que l’art, la science, la morale ou la philosophie c’est justement d’être désintéressées. C’est ce qui distingue les activités dites « libérales » des autres activités humaines, communes du point de vue de la finalité avec les animaux. Ce qu’Aristote écrit ainsi de la philosophie, qui signifie ici la science vaut aussi pour l’histoire  : « C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l’esprit; puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l’Univers. (…) Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c’est qu’évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire. Et ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque toutes les nécessités de la vie, et les choses qui intéressent son bien-être et son agrément avaient reçu satisfaction, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Je conclus que, manifestement, nous n’avons en vue, dans notre recherche, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit une discipline libérale, puisque seule elle est à elle-même sa propre fin. ». Non seulement chercher dans une activité un intérêt signifie le peu de valeur de cette activité, mais elle signifie aussi le peu de valeur de celui qui la pratique. Ce qui est utile, ce qui correspond à un intérêt c’est ce dont l’homme noble doit se détacher s’il le peut parce qu’il ne travaille pas pour un autre, ni pour satisfaire ses besoins mais pour cultiver ses facultés les plus hautes.

2°) Pourtant cela ne signifie que l’histoire, comme les autres activités libérales n’aient aucun intérêt. Aristote dit clairement « aucun intérêt étranger », autrement dit l’histoire a bien un intérêt mais en elle-même. La vérité, le beau, le juste n’ont aucun intérêt extérieur, ils ont leur valeur en eux-mêmes. L’histoire participe à cette conscience de l’homme qui cherche à donner sens à son action par les mots et a parole : “Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue.” Hannah Arendt, Vies politiques (1974). Or le temps où nous nous façonnons une image de nous même n’est pas, selon Hannah Arendt, celui du travail parce que l’“animal laborans” est pris dans le temps court de la nécessité vitale et de l’intérêt. De plus le caractère consommable des produits du travail en fait le domaine du périssable et du renouvellement permanent. Le temps qui correspond à notre être tragique qui juge son action à la mesure de l’éternité c’est le temps de l’œuvre, qui ne se consomme pas et constitue un monde où nous pouvons nous contempler.

3°) Et cela vaut aussi au niveau individuel puisque l’impératif Delphique « connais-toi-toi-même » vise une fin interne qui est la connaissance de soi et l’accomplissement de soi. → histoire individuelle permet d’atteindre une plus grande liberté (déterminismes sociologiques, drames familiaux ou traumatismes inconscients, etc) 

Transition : penser un intérêt de l’étude de l’histoire semble contradictoire avec la nature même de l’histoire et sa nature. Pourtant c’est paradoxalement en tant qu’elle ne vise aucun intérêt qu’elle doit être étudiée.

 

III On peut même se demander si l’étude de l’histoire n’est pas contraire au processus de l’histoire lui-même

1°) En tant qu’agent libre l’homme ne peut se réduire à des lois. Ainsi l’idée que l’intérêt de l’étude de l’histoire serait de tirer des leçons de l’histoire par exemple est contraire à cette idée d’imprévisibilité. Tout le paradoxe de l’histoire est d’être une science de l’événement unique alors que les autres sciences (expérimentales établissent des généralités. En réalité l’histoire ne se répète pas.

2°) Plus encore l’étude de l’histoire conduit à des crispations et des attitudes passéistes. L’histoire et faite de tradition mais aussi d’action, d’innovation, de création contraires à l’étude. Comme le souligne Nietzsche :“Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Tout action exige l’oubli » (Considérations inactuelles)

3°) C’est pourquoi la véritable sphère de l’histoire sera celle de l’action politique. Pour qu’il y ait action il faut un acteur, c’est-à-dire un individu, en l’occurrence un citoyen au sens le plus fort du terme, sujet responsable, auteur et initiateur de l’histoire qu’il porte. Chaque événement est unique et voué à disparaître mais certains, par leurs grandeurs sont sauvés de l’oubli et acquièrent une dimension intemporelle. Ex : les justes ou les grands hommes.

 

Hannah Arendt: “« Le résultat est une histoire dont chacun est le héros sans être l’auteur : bien que chacun commence sa vie en s’insérant dans le monde humain par l’action et la parole, personne n’est l’auteur et le producteur de l’histoire de sa vie

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