Sujet BAC série ES philosophie 2016 – sujet 1 dissertation

Savons-nous toujours ce que nous désirons ?

Corrigé BAC série ES philosophie 2016 – sujet 1 dissertation

Le désir semble être le propre de l’homme et se distingue du besoin uniquement déterminé par les lois de la nature et de la survie. Ainsi le désir semble supposer la connaissance parce qu’il est directement lié aux facultés de conscience, d’imagination, de calcul même qui distinguent l’homme. Pourtant la réalité du désir montre qu’il échappe à la connaissance. Combien de fois avons-nous été surpris à désirer un objet sans avoir pourquoi ou à à ne pas savoir ce qui pourrait réellement satisfaire notre désir. Cela nous conduit à nous demander si l’objet du désir est bien ce que nous croyons ? Si la conscience du désir équivaut réellement à une connaissance de nos motivations ? Et que signifie l’affirmation selon laquelle le désir serait bien « nôtre » ?

 

I Naïvement nous croyons savoir ce que nous désirons parce que le désir serait personnel, expression de l’intériorité et de la personnalité
 
1°) Le désir ne se réduit pas au besoin (d’ordre corporel), ni aux pulsions (inconscientes) et ce qui le caractérise c’est la conscience, qui est justement une forme de connaissance. L’étymologie « cum-scientia » désigne cette accompagnement, ce redoublement de nos appétits par la conscience comme le définit Spinoza dans L’Éthique que « le désir est l’appétit accompagné de la conscience de lui-même »

Il serait d’ailleurs absurde d’affirmer que nous désirons quelque chose ou quelqu’un sans pouvoir dire quoi ou qui.
 
2°) Le désir amoureux est ainsi décrit par Platon dans le Banquet comme la marque de notre incomplétude, chacun cherchant dans l’autre sa moitié. La conscience étant l’autre nom de ce vide (cette néantisation dirait Hegel) par laquelle chacun en réalité à s’accomplir lui-même.
 
3°) Affirmation double de la transparence à elle-même de tous les phénomènes conscients et du caractère matériel de l’objet du désir.
 
Transition : pourtant le caractère insatiable du désir montre que cette transparence du désir à soi-même n’est pas du tout évidente. Comment comprendre la déception ou l’insatisfaction des hommes sans supposer une illusion quant à l’objet du désir ?
 
II Les illusions du désir
 
1°) Le désir est l’expression de ma personne au sens où il implique ma volonté (consciente donc), il est la tension qui m’anime et me tire vers un objet. Or l’homme n’existe pas seul, il est un “animal politique” comme le rappelle Aristote. Le moi est intersubjectif donc la conscience désirante l’est aussi. C’est pourquoi le désir = souvent réductible à l’envie (de ce qu’a l’autre). C’est une forme de conscience très particulière qui naît quand je me compare à un autre. Cf Proust ou Baudrillard : c’est la dimension mimétique du désir qui ne porte qu’accessoirement sur des objets. → véritable objet du désir = autrui (reconnaissance d’autrui). Ainsi ce que désire autrui = un intermédiaire pour qu’il me désire (qu’il m’envie ou qu’il m’aime). Mais alors cette relation est vaine puisque personne ne peut combler le manque (autrui est aussi vide que moi).

Il faut rappeler aussi l’importance de la société de consommation qui sollicite et crée les désirs (immatériels) et crée l’illusion que les objet matériels combleront ces désirs. Cf Edward Bernays qui met en œuvre une sublimation orchestrée des pulsions. Non seulement le consommateur ne sait pas ce qu’il désire réellement mais il ignore qu’il est l’objet d’une manipulation (bénéfique affirme Bernays).
 
2°) Désir humain est un désir de reconnaissance, donc toujours désir d’autrui → cf dialectique maître-esclave (Hegel). Tout désir est désir d’autrui donc objet matériel = accessoire. L’exemple du caprice de l’enfant peut être considéré comme le prototype du désir parce qu’il s’agit de manifester ma volonté et d’imposer aux autres mon pouvoir.
 
3°) Enfin Spinoza soupçonne le fait : « les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent ». Ainsi la psychanalyse, la sociologie ou le marxisme vont s’attacher à mettre en évidence les déterminismes inconscients.
 
Transition : Le désir nous apparaît donc bien comme étant le produit de notre nature non seulement double (corps-esprit) mais aussi sociale. Ainsi autrui est toujours là dans mes désirs parce qu’il est déjà au fondement de la conscience. Et que sans conscience le désir ne serait que le besoin (animal).
 
III Nous ne savons pas toujours ce que nous désirons mais pouvons y travailler
 
1°) Le désir n’est pas spontanément connaissance de sa nature ni de son objet mais il peut y parvenir comme nous y invite Épicure dans la célèbre Lettre à Ménécée. Il montre ainsi que derrière certains désir comme celui des honneurs ou de la gloire c’est en réalité le désir primordial d’immortalité que nous cherchons à satisfaire. Et plus encore nous pouvons accéder à une connaissance de leur nature en opérant une classification : “Il faut en troisième lieu comprendre que parmi les désirs, les uns sont naturels et les autres vains, et que parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, et les autres seulement naturels. Enfin, parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires au bonheur, les autres à la tranquillité du corps, et les autres à la vie elle-même.”
 
2°) Le désir doit être pensé moins comme ce qui tend vers un objet que comme une force. C’est pourquoi l’objet du désir paraît accessoire et nécessairement déficient par rapport à la nature métaphysique de l’homme comme le rappelle Rousseau :  » Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. (…) on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-même il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas« . (Julie ou La Nouvelle Héloïse).
 
3°) Le sens véritable du mythe d’Androgyne raconté dans le Banquet de Platon c’est cette aspiration métaphysique de l’homme. C’est d’ailleurs le sens de l’étymologie du désir (de-siderare, avoir la nostalgie d’une étoile) qui signifie que l’homme chercher à retrouver une complétude perdue dont il a une vague intuition. L’insatisfaction humaine vient de cette confusion entre l’objet réel (introuvable) et les objets matériels qui sont à sa disposition. Freud propose une explication à ce phénomène , qui est la cause du malheur humain, c’est que ce qu’il appelle avec Romain Rolland qui l’interroge sur ce point le « sentiment océanique ». Ce sentiment serait le souvenir d’une époque lointaine des début de la conscience où le moi ne se distinguait pas du reste du monde et ne faisait qu’un avec le grand tout. La conscience désirante chercherait ainsi à retrouver cet état sous différentes formes (religieuses, mystique, amoureuse, chimique, artistique).
 
 

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