Sujet BAC série L philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

 

Le désir est-il par nature illimité ?

 

Corrigé BAC série L philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

Le terme de nature jouit d’une aura extrêmement positive au moment même où elle est bouleversée par les pratiques humaines. Ainsi parle-t-on d’une nature à protéger, à entretenir , voire à respecter. Mais qu’entend-ton par « nature » véritablement ? Cette question apparaît difficile lorsqu’on cherche à décrire le désir. En effet la nature suppose d’une part la séparation d’avec la culture, or si le désir est le propre de l’homme alors il n’a rien à voir avec la nature. D’autre part la nature d’une chose est ce qui la définit en propre, son essence et alors il faudrait interroger ce qui distingue le désir de ce qui s’en approche comme le besoin ou la volonté par exemple. Enfin la nature d’une chose désigne sa forme la plus accomplie, la plus parfaite et alors il s’agit de savoir quelle est cette perfection du désir qui paraît contradictoire avec sa propension à être justement toujours au-delà de lui-même. Cette ambiguïté de la nature du désir est compliquée par le qualificatif « illimité » qui suppose une critique du désir. Par définition instable, insatiable et donc irrationnel. L’enjeu est essentiel dans une société fondée sur la satisfaction des désirs alors que nous prenons conscience du caractère limité des ressources de la planète. Cultiver de manière illimitée les désirs a-t-il un sens dans une planète aux ressources limitées ?

 

I La critique traditionnelle du désir repose sur son caractère illimitée
 
1°) La littérature a souvent décrit le caractère insatiable du désir qui frappe et emporte ses victimes. L’expression « tomber amoureux » exprime bien ce mouvement de fatalité, de chute et de perte de contrôle. D’où l’image développée par Socrate qui compare le désir au tonneau percé de Danaïdes pour faire comprendre à Calliclès que vivre sous le commandement d’un désir qui ne connaît aucune fin, aucune satiété possible c’est être esclave.
  
2°) Distinction besoin par rapport au désir repose sur cette part proprement humaine du rapport au monde. Le besoin se comprend comme nécessité naturelle, besoin biologique, alors que le désir est culturel: j’ai soif, c’est-à-dire besoin de boire, mais le choix de la boisson et la façon de la boire sont libres et culturels. Ainsi on doit constater l’animalité du besoin et l’humanité du désir. En conséquence l’objet du besoin est limité par nature alors que celui du désir est infini, superflu et, parce que qu’il est tous les jours à reconquérir, l’insatisfaction est inévitable. Cf étymologie du désir (de-siderare : nostalgie d’une étoile).
 
3°) Problème : la culture du désir (publicité, mode, identification aux célébrités…) est devenu le moteur d’un système marchand qui ne connaît pas de limite → une économie et une politique du désir. Or si le caractère illimité du désir est dans la nature du désir c’est alors le fondement de notre société qu’il faudrait revoir.
 
Transition : l’opposition qui se fait jour entre limite et absence de limite semple portée par l’opposition entre deux facultés : la raison comme pratique de la limite et imagination liée fondamentalement au désir et domaine de l’illimité. Le désir est-il donc voué à l’imagination ?
 
II La culture du désir comme limitation du désir
 
1°) Epicure fonde son éthique sur le plaisir et la satisfaction des désirs : « Tout plaisir, pris en lui-même et dans sa nature propre est donc un bien, et cependant tout plaisir n’est pas à rechercher pareillement, toute douleur est un mal, et pourtant toute douleur ne doit pas être évitée » (Epicure, Lettre à Ménécée). Mais la raison doit opérer un calcul pour ne pas entraîner le sujet dans la recherche de satisfaction de tous les désirs. Ex : désirs vains et non naturels (gloire, honneur, etc) motivées par désir illusoire d’immortalité. La connaissance permet ainsi de rationaliser et donc de classifier et limiter les désirs.
 
2°) Le caractère illimité du désir réside aussi dans la source de motivation, d (énergie, de force qu’il constitue. La raison en elle-même ne motive pas, c’est bien le désir qui met en mouvement. La psychologie moderne a cherché à mettre en évidence cette source que Nietzsche et Freud appelle pulsion. Mais si la force pulsionnelle est par essence illimitée au sens où elle est la vie elle-même, le désir en est la forme consciente, cultivée, socialisée (ex : la société va délimiter des zones du corps comme étant sexuées et d’autres non alors que le corps du nouveau-né est une source sans délimitations de plaisir).
 
3°) La culture est ce qui va organiser collectivement le désir en le canalisant et valorisant (ex. Marianne de la République, le drapeau national pendant les championnats internationaux sportif, etc). Illusion d’un désir propre. L’espace social est avant tout un espace de délimitation de l’interdit, du toléré et du valorisé (cf Lévi-Strauss et le mécanisme de la prohibition de l’inceste).
 
Transition : Ce pouvoir de la raison et de la contrainte social n’est-il pas cependant illusoire comme nous le montre le caractère incontrôlable et irrationnel du désir de consommer de l’époque contemporaine ou les conséquence dramatiques des interdits religieux sur les comportements humains ?
 
III Limiter le désir sans aller contre sa nature
 
1°) Limiter le désir ne signifie pas nécessairement le contraindre ou le nier. Erreur de la moral traditionnelle et religieuse de vouloir soumettre le désir à la raison en le limitant. Cf Freud, Malaise dans la civilisation.

Au contraire, Nietzsche et Freud proposent d’effectuer un déplacement du désir vers de buts élevés ; Ce processus est appelé « sublimation » et consiste à élever les pulsions se tournant spontanément vers des objets « hors-la loi » (morale) vers des buts socialement et moralement valorisés (le beau, le vrai, le bien). Ex : œuvre d’art.
 
2°) Importance de l’imagination relevée par Rousseau : le plus important n’est pas tant dans la satisfaction du désir que dans ce qui la précède :

« Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme, avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. »
Julie et la Nouvelle Héloïse
De plus le désir ne porte pas tant sur les objets que l’imaginaire associé à ces objets, il s’agit donc de passer d’un imaginaire (illimité) créé par les publicitaires (Edward Bernays, inventeur dela publicité moderne est le neveu de Freud) à un imaginaire de la sobriété (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ) de la vie proche de la nature (L’Emile) et de la vie intérieur (Les confessions).
 
3°) Enfin l’individu est esprit et corps. Harmoniser les facultés c’est rendre le désir rationnel et ra raison désirable. C’est la mission de l’éducation et de la culture. Cf stoïcisme : « ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses, ce sont les opinions qu’ils en ont » (Epictète). Il s’agit donc d’opérer une délimitation du désir en lui donnant une forme singulière par l’exercice et la construction d’une individualité, sous la forme d’un caractère.
 

Partagez

Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinmail

Un ebook de méthodologie pour aller plus loin

Avec cet ebook rédigé par un professeur de philosophie enseignant en Terminal, correcteur au BAC et examinateur à l'oral du BAC,  vous apprendrez la bonne méthode, pourrez travailler pas à pas sur des exemples, et étudier des corrigés d'épreuves précédentes.

comment faire une dissertation de philosophie pour le BAC