Les textes de Vigny, Hugo et Dumas reprennent la figure du Masque de fer : en quoi diffère-t-elle de celle que propose Voltaire ?

Eléments de réponse :

Il s’agissait de réécritures portant sur le même sujet : la légende du Masque de fer mais au travers de récits, d’une poésie et d’un extrait de théâtre.

 

Une légende commune (les points communs) :

  • Dans les quatre textes, on trouve une description, une allusion ou la récurrence du masque de fer que porte le prisonnier.

 

Voltaire : Description du masque avec enchaînement de propositions subordonnées relatives : « un masque dont la mentonnière avait des ressorts d’acier qui lui laissait la liberté de manger avec le masque sur son visage » l. 6

Vigny : Allusions « un masque de fer » v.16, « sous un masque cachés » v.24

Hugo : Occurrences du masque : « ce masque v.7, masqué v.24, son masque immobile v.38 »

Dumas : Description précise et détaillée du masque : « un homme vêtu de noir et masqué par une visière d’acier bruni, soudée à un casque de même nature, et qui lui enveloppait toute la tête + surface polie » v.8 à 10

  • Autres points communs entre les textes :

– un portrait du personnage :

– Voltaire : Nous relevons quelques éléments de description : « d’une taille au-dessus de l’ordinaire, jeune et de la figure la plus belle et la plus noble l.4 ; il était admirablement bien fait ; sa peau était brune ; il n’intéressait par le seul son de sa voix l. 19 » (vocabulaire du corps, expansions du nom, superlatifs)

– Vigny : répétition de la préposition de restriction « sans traits, sans vie, et sans âge » v.14 + métaphore « un fantôme immobile » v.15 : le visage n’est que le masque de fer.

– Hugo : métaphore « un fantôme hideux » v.8 + portrait futur abordé à la fin de l’extrait.

– le côté mystérieux de la légende :

– Voltaire : Le portrait réalisé n’est pas celui d’un homme ordinaire et Voltaire ajoute à cela un côté mystérieux : répétition du terme « inconnu » l.4, 12 ; adverbe de temps « toujours masqué » l.10 ;  adjectif « cet homme singulier ».

– Vigny : Plusieurs expansions du nom « que l’on ne nommait pas ; des choses merveilleuses ; de berceau dérobé ; de craintes orgueilleuses ; de royale naissance ; et de droits arrachés » v.20 à 24 donne une dimension légendaire et mystérieuse à ce Masque de fer.

– Dumas : L’article défini « le » l.2, 5, 12, et l’article indéfini « un homme » posent un voile de mystère sur ce prisonnier. Il est éclairci par deux allusions « la majesté tombée » l.20 et « le prince » l.30

Les différentes présentations ou façons d’aborder la légende du masque de fer :

Voltaire présente une figure du Masque de fer différente de celle des textes de Vigny, Hugo et Dumas.

  • La vie du prisonnier :

– Vigny : Il est innocent et exceptionnel : préposition de restriction « sans crime » v.33 ; adjectif « illégitime » v.34 ; discours rapporté indirectement de la « Provençale » des vers 35 à 38 « qu’il tenait des discours pleins de grâce et de foi, qu’il était jeune et beau, qu’il ressemblait au Roi, qu’il avait dans la voix une douceur étrange, et que c’était un prince ou que c’était un ange ».

– Hugo : Il est innocent et il lui est impossible d’avoir une vie. L’idée de fatalité est aussi présente dans le texte : « cet enfant, faible, innocent et beau » v.23 ; « vivre dans deux cachots à la fois … mon corps dans l’un, mon visage dans l’autre » v.3 et 4 ; métaphore « je suis un mort pensif qui vit dans son cercueil » v.16

– Dumas : Le personnage est aussi dans l’impossibilité de vivre : le terme « prisonnier » le désigne tout au long de l’extrait. L’idée de fatalité est également présente dans l’extrait avec l’appellation « Maudit » l.26 marquée par la majuscule.

– Voltaire : L’homme au masque de fer mène une vie « ordinaire » : négation forte « on ne lui refusait rien de ce qu’il demandait » l.13 ; il a des vêtements à son goût « pour le linge d’une finesse extraordinaire, et pour les dentelles » l.14 ; et il a des occupations comme « il jouait de la guitare » l.15. Il n’apparaît pas vraiment comme un prisonnier ayant une vie malheureuse.

  • Ce que ressent l’homme appelé « le Masque de fer » :

– Hugo : Peur de lui-même, désespoir et amertume mais aussi horreur lorsqu’il envisage son futur : les exclamatives qui parsèment le texte ainsi que les didascalies sont des indicateurs des émotions du prisonnier. On relève également le vocabulaire de la peur « me fait peur v.9, épouvantant v.39 »

– Dumas : Désespoir et amertume marqués par les adverbes « gravement » l.7 et « avidement » l.13 et par la comparaison « semblable à un rugissement » l.14

– Voltaire : Aucune émotion explicite ne transparaît chez le prisonnier : utilisation de deux participes présents + négation : « ne se plaignant jamais de son état, et ne laissant point entrevoir ce qu’il pouvait être » l.20

  • Ce que le personnage du Masque de fer provoque chez les autres personnages et chez le lecteur :

– Vigny : La compassion et la pitié des autres : le prête qui est à son chevet et la « Provençale » pleurent tous les deux « les pleurs qu’il retenait v.4, plein d’horreur v.17 ; en pleurant v.31 ». Ces émotions sont également ressenties par le lecteur.

– Hugo : La peur chez les autres « je vois le laboureur s’enfuir épouvanté ! » v.11 et l’horreur du lecteur face à un tel destin (le fait d’être dans l’impossibilité de vivre et de s’éveiller un jour vieux sans jamais avoir été jeune, sans jamais avoir vécu).

– Dumas :

  Le respect des personnages : adverbe de temps « Athos voulait toujours le respect pour la majesté tombée ; » l.20

  La pitié et la compassion des personnages et du lecteur : on relève le modalisateur « malheureux » l.11 utilisé par le narrateur mais aussi par un des personnages à la ligne 29 ainsi qu’une proposition subordonnée relative « une voix qui remua Raoul jusqu’au fond des entrailles »

– Voltaire :

  Le personnage provoque le respect de ceux qui l’entourent : en effet ceux-ci, quoique de classe élevée, ne s’assoient pas devant lui « le marquis de Louvois … lui parla debout »l.11, « le gouverneur s’asseyait rarement devant lui » l.16. Par ailleurs, le personnage est fortement respecté : proposition subordonnée relative « une considération qui tenait du respect » l.12 ; système comparatif « il fut logé aussi bien qu’on peut l’être dans le château » l.13 ; superlatif « on lui faisait la plus grande chère » l.15

  En revanche, Voltaire prend une certaine distance avec son personnage et ne fait ressentir que peu d’émotions à son lecteur : utilisation de déterminants démonstratifs « ce, cet x2 » l.5, 12, 17. Ce procédé met bien sûr en valeur le personnage qui n’est pas n’importe quel prisonnier et montre aussi que cet homme a une grande valeur, ce que Voltaire n’aborde pas de façon aussi explicite que les autres auteurs du corpus.

 

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