Sujet BAC série L philosophie 2015 – sujet 2 dissertation

Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?

Corrigé BAC série L philosophie 2015 – sujet 2 dissertation

Profondeur et subjectivité sont impliquées dans cette question qui s’adresse à chacun dans la singularité de son expérience, de son histoire et de son identité. Pourtant apparaissent au cœur de cette formulation trois pôles que sont le sujet, le temps et le moi dans toute sa complexité et ses strates. Outre la difficile question du rapport entre passé et présent, outre celle du rapport entre unité et diversité de l’identité, la difficulté formulée ici porte sur le rapport entre une liberté supposée, celle de tout sujet, et la puissance de détermination, de contrainte du temps. Peut-on échapper à son passé ? Comment le temps joue-t-il en faveur ou en défaveur de notre liberté ? La notion même d’identité n’est-elle pas contradictoire avec celle de liberté, étant donné que ce qui est identique à soi ne peut par définition pas devenir autre, donc se choisir.

 

I) Mon passé me constitue y compris en tant qu’être libre
     
  • Il serait naïf de croire que mon passé ne dépend que de moi. Chaque sujet est le produit d’un environnement qui détermine ses représentations, sa vision du monde et ses goûts. La sociologie a longuement et précisement détaillé ces déterminismes qui sont autant d’obstacles à la liberté et qui créent des identités. Montaigne a dépeint dans ses Essais la relativité de ses opinions que nous pensons, à tort, absolues.
  • Ce passé est aussi mon histoire personnelle avec ses particularités qui produit un individu toujours singulier. On pensera de manière exemplaire à Albert Camus qui est conduità être ce qu’il est (le brillant écrivain prix nobel de littérature) par un concours de circonstances qui au départ ne sont vécus que comme des fardeaux (la misère en Algérie, une mère analphabète et quasi muette, la tuberculose) et sont les conditions d’une œuvre.
  • Il faut même aller plus loin et dire que ce n’est pas seulement mon histoire mais ma pré-histoire qui me détermine comme le montre la psychnalyse et le cas de la scène primitive qui sera continuellement revécue tant que le nœud, qu’elle a constitué dans un temps dont je ne me souviens pas ou qui a été refoulé, ne sera pas dénoué..

 

II) Mais chaque instant est l’occasion d’un arrachement à ce qui me détermine
    
     
  • Malgré le caractère mécanique de l’histoire, individuelle comme collective, il revient chacun d’y trouver sa place et de lui donner sens. C’est ce paradoxe qui est formulé par Hannah Arendt: : « le résultat est une histoire dont chacun est le héros sans être l’auteur : bien que chacun commence sa vie en s’insérant dans le monde humain par l’action et la parole, personne n’est l’auteur et le producteur de l’histoire de sa vie. ». Les philosophes stoïciens le formulait déjà d’une manière analogue autour de l’idée de rôle : « Souviens-toi que tu es l’acteur d’un rôle, tel qu’il plaît à l’auteur de te le donner : court, s’il l’a voulu court ; long, s’il l’a voulu long ; s’il veut que tu joues un rôle de mendiant, joue-le naïvement ; ainsi d’un rôle de boiteux, de magistrat, de simple particulier. C’est ton fait de bien jouer le personnage qui t’est donné ; mais de le choisir, c’est le fait d’un autre. » Epictète, Manuel)
  • Sartre montre comment le présent, aussi dur soit il est une occasion de mettre à l’épreuve sa liberté. Nul ne choisit sa situation (son passé) mais ce n’est que la situation de la liberté, non son obstacle ou son interdiction. : « L’histoire d’une vie, quelle qu’elle soit, est l’histoire d’un échec. « Le coefficient d’adversité des choses est tel qu’il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat. Encore faut il «obéir à la nature pour la commander », c’est à dire insérer mon action dans les mailles du déterminisme. Bien plus qu’il ne parait « se faire », l’homme semble « être fait » par le climat et la terre, la race et la classe, la langue. »…et pourtant « il n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n’ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est. »
  • Enfin si on reprend le point de vue de l’archéologie du sujet, il lui revient là encore d’assumer sa préhistoire ou de leur donner une nouvelle forme et expression par le biais de la culture et de la création par exemple. C’est tout le paradoxe de la formule du poète antique Pindare : « Deviens ce que tu es ». Il faudra aussi bien dire que je suis ce que je désire, ce que j’aime.

 

III) À condition que les instants successifs d’une existence soient façonnés en une volonté
     
     
  • Pour être acteur de son histoire, il ne suffit pas de prendre des décisions il s’agit de tendre sa volonté pour la maintenir dans le temps fidèle à sa décision. Ce qu’on appelle la résolution. La seconde maxime de la morale provisoire de Descartes est ainsi « d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m’y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. ». C’est seulement ainsi qu’une histoire se fait, et non une suite discontinue d’instant. Cette cohérence d’une existence me constitue comme œuvre.
  • Ainsi, si j’ai la possibilité de choisir, mes choix successifs se sédimentent en un caractère et des puissances qu’il devient diffcile de modifier. Aristote : « En menant une existence relâchée les hommes sont personnellement responsables d’être devenus eux-mêmes relâchés ou d’être devenus injustes ou intempérants, dans le premier cas par leur mauvaise conduite, dans le second en passant leur vie à boire ou à commettre des excès analogues : en effet, c’est par l’exercice des actions particulières qu’ils acquièrent un caractère du même genre qu’elles. “ (Ethique à Nicomaque).
  • C’est pourquoi il faut dire que si la liberté est ce par quoi se constitue dans le temps l’identité d’un sujet. Il faut dire aussi que c’est bien le sujet qui se donne lui-même les dispositions pour devenir libre. Le paradigme de cette création de soi est l’oeuvre d’art. Ainsi Bergson affirme : « Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’œuvre et l’artiste. En vain on alléguera que nous cédons alors à l’influence toute-puissante de notre caractère. Notre caractère, c’est encore nous ».
     
Conclusion :
      
    Ce qui se dessine c’est un temps complexe, individuel et en même temps collectif, conscient et inconscient, où la situation présente est inextricablement mélée au passé et ouverte sur l’avenir. Comme l’affirme Scully : « Le temps est composé d’instants, d’instants qui, se précipitant vers le passé, tracent le chemin de la vie aussi sûrement qu’ils conduisent jusqu’à sa fin. Il est bien rare qu’on s’arrête pour examiner ce chemin et chercher les raisons pour lesquelles les choses arrivent. Il est rare qu’on se demande si on a vraiment choisi le chemin que l’on suit, ou bien si on l’a pris par hasard, les yeux fermés. Mais imaginons qu’on puisse s’arrêter, pour faire l’inventaire de chaque instant précieux avant qu’il ne soit passé. Pourrait-on voir alors les innombrables choix qui ont donné forme à notre vie et, voyant tous ces choix, pourrait-on prendre un autre chemin ?».
    

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