Sujet BAC série S philosophie 2015 – sujet 1

La politique échappe t-elle à l’exigence de la vérité ?

Corrigé BAC série S philosophie 2015 – sujet 1

On distingue spontanément le domaine de l’action, d’une part, dont le critère serait l’efficacité et la puissance, et , d’autre part, le domaine de la vérité, dont l’exemple parfait serait la science. Mais si on fait preuve d’attention l’expression « LA » vérité induit l’idée d’une unité de la vérité alors que cette notion se révèle complexe puisqu’elle s’entend comme l’opposé tant de l’erreur, que de l’illusion u du mensonge. Autant d’opposés qui dessinent, en négatif, les domaines de son déploiement, à savoir, la science, le désir et la vie en société . Il semble donc bien que la politique dans son exercice comme dans son ambition participe évidemment d’une sorte de mensonge qu’il s’agira d’analyser, mais aussi d’un certain rapport à la vérité scientifique et à l’illusion désirante.

 

I) La politique fonde l’exigence de la vérité
      
  • On pense naïvement que le domaine de la vérité est celui de la nécessité et de l’objectivité qui ne tolèrent aucune contamination par la subjectivité de la vie sociale. Ainsi une vérité mathématique ne dépend pas des opinions, croyances, craintes des uns et des autres mais découle de longues chaînes de déductions logiques et valables pour tous. C’est pourquoi il n’y a qu’une mathématique. C’est pourquoi la science mathématique, comme toute science, a une exigence d’unité et de systématicité alors que les régimes politiques sont multiples et variables.
  • Pourtant la recherche de la vérité ainsi que sa reconnaissance et sa transmission reposent sur la politique à laquelle elle est profondément liée. Platon montre bien dans la célèbre allégorie de la caverne comment le monde trompeur de l’opinion, de la croyance et de l’illusion des sens conduit à un régime politique de l’autorité et de la force. Il conduit finalement à la condamnation injuste du sage et vertueux Socrate.
  • Plus généralement la politique est au fondement de la vérité qui suppose la reconnaissance de l’égalité de chacun devant l vérité. Le maître étant appelé à être l’égal de l’élève. La tableau L’école d’Athènes de David met en évidence cette communauté des chercheurs de la vérité qui malgré les désaccords ont tous fait le choix de la vérité et donc du dialogue respectueux dont les ressorts sont visibles, démontrables et compréhensibles par tous

Transition : Pourtant face aux dérives de la politique et face à la constitution d’un monde à part de la vérité on peut se demander si politique et vérité n’ont pas tendance à constituer des mondes radicalement indépendants au point que la politique puisse devenir le monde de l’illusion et du mensonge.

 

II) La dérive du politique loin de la vérité
       
  • Machiavel montre dans Le Prince le fait que l’enjeu principal du pouvoir politique n’est ni la justice ni la vérité mais la puissance et sa conservation. Cette logique spécifique conduit le prince à user de tous les moyens possibles, y compris le mensonge, la manipulation, la trahison, afin de conserver le pouvoir et parvenir à ses fins. Le film Lincoln de Spielberg met parfaitement en évidence cette duplicité consubstantielle à la pratique de l’action politique. Quelque soit la légitimité de son objectif politique (en l’occurrence l’abolition du troisième amendement qui abolirait l’esclavage) Abraham Lincoln doit user de moyens absolument contraires à la vertu et à l’exigence de vérité.
  • L’un des ressorts particuliers de cette pratique politique est la démagogie qui consiste à dire au peuple ce qu’il veut entendre. En effet la logique du désir qui anime le peuple, que Platon appelle ainsi « le gros animal », est contraire à celle de la vérité. La manipulation politique consistera à cultiver les illusions (celle d’une identité mythifiée, celle du bouc émissaire, celle du pouvoir sacré et divin) auxquelles le peuple est attaché. Freud définit ainsi l’illusion : « nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci, la réalisation dun désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l’illusion elle-même renonce à être confirmée (ou non) par le réel.« 
  • La contradiction la plus manifeste de la logique de la vérité est manifestée par le procès de Galilée lors duquel celui-ci est forcé à abjurer devant l’autorité politico-religieuse parce que celle-ci ne peut tolérer cette relation directe et donc potentiellement critique de la raison. C’est cette logique de la vérité où chacun est sa propre autorité que Spinoza réactive, après le grec Socrate ou l’arabe Averroès, dans le Traité théologico-politique. Et comme eux il se heurte à l’autorité politique qui peut difficilement tolérer une telle autonomie des sujets, ce qui conduit Socrate, Galilée ou Spinoza à être condamnés.

Transition : comment dès lors se prémunir de cette dérive de l’autorité ?

 

III) Retisser le lien du politique et de la vérité
     
  • Il s’agit justement de tenir de part en part politique et vérité unies. Cela commence par l’éducation et l’accès à l’information qui sont les conditions de tout régime juste, c’est-à-dire démocratique. Les philosophes des Lumières ont bien compris que la diffusion de la science et de la culture en général étaient la condition de l’émancipation des peuples et de la formation d’un esprit critique. Cf projet de l’Encyclopédie dont l’enjeu est politique.
  • Finalité politique est d’ordre morale. Kant montre que la morale n’est pas subjective, elle repose sur la possibilité d’universaliser le principe de nos actions. Que se passerait-il si tout le monde le faisait ? L’universalité est ce qui relie intimement politique et vérité et conduit à terme à la communautéuniverselle pacifiée, d’où l’ouvrage Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique. L’objet de toute politique est l’avènement d’une conscience universelle dont l’écologie, en tant qu’elle se fonde sur le lien entre toute chose et entre toutes les parties du globe est l’horizon nécessaire.En ce sens politique et science sont liées et le débat contradictoire en est la condition.
  • Le modèle du grand homme politique est ainsi celui qui est animé par cette finalité universelle et pour qui l’exigence de vérité est au principe de toute action. Exemple : empereur romain stoïcien Marc-Aurèle “Qui vit en paix avec lui-même vit en paix avec l’univers.”

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