Sujet BAC série L philosophie 2016 – sujet 1 dissertation

 

Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?

 

Corrigé BAC série L philosophie 2016 – sujet 2 dissertation – Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ? 

La variété des comportements observé historiquement et géographiquement conduit à l’idée que les convictions morales dépendent des époques et des habitudes plus ou moins partagées. Ainsi ce qui paraissait moralement juste il y a quelques siècle, voire quelques générations, paraît aujourd’hui inacceptable. Or la morale prétend à l’universalité comme l’exprime le caractère catégorique et intemporel des tables de la loi par exemple. Face à cette contradiction il semble nécessaire de se poser la question de savoir si nos convictions morales sont fondées sur l’expérience.

Comment penser la diversité des convictions morales et la prétention à l’universalité et à l’intemporalité de la morale ? Qu’est-ce qui « fonde » nos convictions morales si ce n’est pas l’expérience ? Et qu’entend-on précisément par « expérience » ? Comment articuler l’expérience qui constitue la partie vivante, subjective en perpétuelle construction de notre existence et le caractère apparemment théorique, universel et figé de la morale ?

 
 
I On pourrait penser que les convictions morales sont fondées sur l’expérience
1°) C’est évidemment par l’expérience que nous nous faisons tout d’abord une idée du bien et du mal. Le bien et le mal sont d’abord ce qui fait du bien et ce qui fait du mal, autrement ils sont synonyme de plaisir et de déplaisir, de sensation de satisfaction et de souffrance. Par exemple on fait comprendre à l’enfant que c’est mal de tirer les cheveux d’un camarade en lui disant : « si je te tirai toi aussi les cheveux serais-tu content ? ». Toute la difficulté de la morale est alors de passer d’une expérience individuelle parce que corporelle à l’altruisme qui est la condition de la moralité. Ce qui fait le lien c’est l’empathie qui est inscrite dans la nature de tout être sensible comme le montre Rousseau :
« La pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l’activité de l’amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l’espèce. C’est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir ; c’est elle qui, dans l’état de nature, tient lieu de lois, de mœurs et de vertu, avec cet avantage que nul n’est tenté de désobéir à sa douce voix ; c’est elle qui détournera tout sauvage robuste d’enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs ; c’est elle qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : Fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente : Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible. C’est, en un mot, dans ce sentiment naturel, plutôt que dans des arguments subtils, qu’il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme éprouverait à mal faire, même indépendamment des maximes de l’éducation.
Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755.
 
2°) La moralité pour devenir conviction doit alors passer de la sensation (directe ou indirecte) à l’idée abstraite. Ce passage se fait par la raison et réside alors dans un intérêt bien compris. Épicure précise qu’il s’agit d’opérer un calcul :
Epicure, Lettre à Ménécée : « d’une part, le plaisir est reconnu par nous comme le bien primitif et conforme à notre nature et c’est de lui que nous partons pour déterminer ce qu il faut choisir et ce qu il faut éviter ; d autre part, c’est toujours à lui que nous aboutissons, puisque ce sont nos affections qui nous servent de règle pour mesurer et apprécier tout bien quelconque si complexe qu’il soit. Mais, précisément parce que le plaisir est le bien primitif conforme à notre nature, nous ne recherchons pas tout plaisir, et il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs, savoir lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent et, d’autre part, il y a des douleurs que nous estimons valoir mieux que des plaisirs savoir lorsque après avoir longtemps supporté les douleurs, il doit résulter de là pour nous un plaisir qui les surpasse. Tout plaisir, pris en lui-même et dans sa nature propre est donc un bien, et cependant tout plaisir n’est pas à rechercher pareillement, toute douleur est un mal, et pourtant toute douleur ne doit pas être évitée »
Et c’est justement l’expérience qui permet d’effectuer ce calcul de manière pertinente.
 
3°) A l’inverse l’immoralité serait liée à l’ignorance, au manque de connaissance et d’expérience. C’est ainsi que Socrate défend l’idée que « nul n’est méchant volontairement ». Le méchant est celui qui, faute d’expérience, n’envisage pas, ou mal, les conséquences de ses actes.
 
Transition : Pourtant si l’origine de nos convictions morales est à chercher dans l’expérience cela ne signifie que ce soit l’expérience qui « fonde » la moralité. Comment atteindre une morale commune si nos convictions morales sont déterminées par des expériences toujours singulières ?
 
II L’expérience constitue l’origine des convictions morales mais elle ne les fonde pas
1°) Si fonder c’est légitimer, établir en droit, et non pas seulement en fait, alors il faut distinguer l’origine chronologique et le fondement logique d’une chose. Ce n’est pas parce qu’on a toujours pensé de telle ou telle façon qu’une conviction morale est légitime. De la même façon, en science, ce n’est pas parce qu’on a toujours fait l’expérience que la Terre était immobile que notre conviction que le Soleil tourne autour est légitime. C’est exactement cette distinction entre origine chronologique et fondement logique qu’opère Kant. Or il observe que l’expérience ne peut produire, au niveau individuel, que des habitudes et, au niveau collectif, que des coutumes. Mais elle ne garantit pas la légitimité d’une conviction. Le fondement ne peut être que rationnel. Ainsi le commerçant qui sert honnêtement ses clients agit conformément au devoir, mais ses motivations sont celles de l’intérêt, et non du devoir moral. Ce type d’action se range dans celui de l’expérience, de l’intelligence éventuellement mais pas de la moralité. La moralité désigne une action faite en voulant accomplir son devoir :
Une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d’après laquelle elle est décidée
Or la démonstration logique permettant de fonde une conviction est celle-ci : puis-je universaliser la maxime de mon action ? Cette règle de l’universalité est ce qu’on appelle le formalisme. Une conviction et une action sont morale lorsque qu’on peut appliquer une règle formelle. Kant remonte ainsi au fondement a priori de la morale, c’est-à-dire indépendant de l’expérience. Cf impératif catégorique vs impératif hypothétique. Il n’y a qu’un seul impératif catégorique, et sa formule générale est celle-ci :
Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle
 
3°) La pratique met pourtant en évidence la difficulté de s’en tenir à un tel formalisme. En effet de nombreuses situations sont moralement acceptable ou non en fonction de la formulation de la maxime d’universalisation. Et plus encore, le cas de conscience place le sujet moral fasse à l’impossibilité de trancher parce que le raisonnement conduit à des contradiction ou à une égalité. C’est ce qu’illustre le cas de l’inspecteur Javert dans Les misérables de Victor Hugo. Dans le chapitre intitulé « Javert déraille », il n’arrive pas à concilier son devoir de policier qui est d’arrêter Jean Valjean et son devoir d’homme qui est ne ne pas nuire à l’homme qui lui a sauvé la vie. Le comportement altruiste de cet ancien forçat contredit tous ses principes et le met face à un dilemme moralement indécidable.
 
Transition : mais si les principes de la moralité semblent indépendants de l’expérience, la pratique et la réalité de la moralité semblent bien, quant à elles liées à l’expérience.
 
III Pourtant c’est bien à l’expérience qu’il faut revenir pour rendre la moralité effective
1°) L’histoire et donc l’expérience voient apparaître de nouveaux objets, de nouvelles réalités qui imposent de réviser nos convictions morales → médecine, robotique, OGM, mondialisation, etc.
De plus les grands principes moraux semblent insuffisants pour régler la particularité des cas, le caractère concret et complexe des situations. C’est toute la différence entre la morale et l’éthique puisque cette dernière recommande d’opérer un savant calcul afin d’effectuer le meilleur choix (ex : l’euthanasie qui est interdite par la morale qui commande de ne pas tuer et qui peut être recommandée par l’éthique en fonction des situations, des seuils de souffrance, de la volonté des patients, des probabilités de rémission, etc). Dans le cas de l’éthique c’est bien ‘expérience qui fonde la conviction.
2°) Il serait illusoire de penser que les consciences soient séparées les unes des autres, individuelles et enfermées dans leur subjectivité. Comme l’ont montré Marx (« Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, mais leur existence sociale qui détermine leur conscience. La conscience est, en quelque sorte, un produit social » ou le sociologue Bourdieu les déterminismes s’étendent des pratiques, aux idées jusqu’aux convictions, y compris morales. C’est ainsi l’histoire produit du droit qui légitime et inscrit dans le marbre ce qui n’était l’objet de conviction que de quelques-uns. Idées d’égalité des femmes et des hommes, de fin de l’esclavagisme, de droit des enfants, de respect de l’animal constituent des avancées éthiques liées à des expériences communes dont l’histoire rend compte.
 
3°) Enfin l’expérience c’est ce dont on fait l’épreuve. C’est ainsi que la vertu morale n’est pas seulement quelque chose qui s’enseigne mais quelque chose qui se pratique. Aristote met ainsi en évidence que la morale n’est pas seulement affaire de conviction mais d’exercice qui permet de former un caractère vertueux.
«En menant une existence relâchée les hommes sont personnellement responsables d’être devenus eux-mêmes relâchés ou d’être devenus injustes ou intempérants, dans le premier cas par leur mauvaise conduite, dans le second en passant leur vie à boire ou à commettre des excès analogues : en effet, c’est par l’exercice des actions particulières qu’ils acquièrent un caractère du même genre qu’elles” (Aristote,Ethique à Nicomaque)
L’expérience des actions vertueuses constituent ainsi, par sédimentation, un caractère vertueux.
 

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