Sujet BAC série S philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

                Faut-il démontrer pour savoir ?

Corrigé BAC série S philosophie 2016 – sujet 2 dissertation

 

La science s’est imposée comme le domaine par excellence du savoir. Or elle repose sur l’élaboration logique de lois que la démonstration met en évidence et légitime. Pour autant la complexité du champ du savoir conduit à préciser ce rapport entre savoir et démonstration. En effet entre les sciences pures (mathématiques, logique, etc) les sciences expérimentales et les les sciences humaines de grandes différences apparaissent qui conduisent à se demander s’il suffit de démontrer pour savoir. Autrement dit la logique et le respect des principes formels de démonstration suffisent-ils pour constituer un savoir ? A l’opposé il faudra se demander si tout savoir repose sur la démonstration.

 

I On pourrait penser spontanément que démontrer c’est savoir
 
1°) Ambiguïté du terme « démontrer » qui au sens faible signifie argumenter et au sens fort signifie prouver en faisant découler de manière logique une conclusion à partir d’un ensemble de prémisses tenues pour vraies. Ex : géométrie s’est constituée en se séparant de l’expérience sensible et en acquérant ainsi nécessité, objectivité et universalité.
L’allégorie de la caverne de Platon met en évidence ce fondement que constitue la démonstration et qui libère de la prison des sens. La démonstration mathématique est définie par Platon comme une propédeutique, c’est-à-dire une pratique préparatoire à la vérité parce qu’elle a la vertu de séparer l’âme de l’expérience sensible trompeuse.
 
2°) Aristote a formalisé les règle de la démonstration logique dont le syllogisme est la forme. Un syllogisme est un raisonnement qui tire une conclusion de deux prémisses (c’est-à-dire des propositions posées initialement et dont on suppose la vérité). Ex :Tous les hommessont mortels, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel.
 
3°) La démonstration est ainsi la formalisation du pouvoir logique de la raison, c’est-à-dire la faculté humaine à former des concepts et à les associer dans des raisonnements. Parce cette objectivation démonstrative la raison peut aboutir à des propositions universelles et partageable par tous. Toute l’ambition du rationalisme réside dans cette idée que la démonstration peut conduire la raison jusqu’aux plus profondes vérités cf Descartes : « Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m’avaient donné occasion de m’imaginer que toutes les choses, qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s’entre-suivent en même façon, et que, pourvu seulement qu’on s’abstienne d’en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu’on garde toujours l’ordre qu’il faut pour les déduire les unes des autres, il n’y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu’on ne découvre. » (Discours de la méthode)
 
Transition : pourtant les sciences expérimentales ont remis en cause ce fondement strictement démonstratif du savoir.
 
II Or le savoir ne se limite pas aux vérités formelles
 
1°) Le développement des sciences expérimentales (biologie, chimie, physique, etc) a conduit à distinguer vérité formelle et vérité matérielle. En effet la validité ne concerne que le caractère logique, cohérent d’une démonstration mais elle ne signifie pas nécessairement une réalité matérielle. On peut ainsi raisonner juste sur une base totalement fausse. C’est la question de la valeur des prémisses, impossible à assurer logiquement qui est posée. Ce problème a été clairement posée pour la géométrie au xixe siècle . En effet la géométrie classique se fondait sur les postulat et axiomes d’Euclide dont celui-ce : « Par un point extérieur à une droite, il passe toujours une parallèle à cette droite, et une seule. ». Or, si cette proposition paraît intuitive elle ne peut pas être démontrée. Et c’est en cherchant à la démontrer par l’absurde que d’autres géométrie (dites non euclidiennes) sont apparues qui contredisent ce postulat.
 
2°) L’empirisme est ce mouvement philosophique qui remet en question le caractère démonstratif du savoir et appelle à un retour à l’expérience. Cf Hume (XVIIIe) qui opère une distinction entre de deux genres de connaissance: Les vérités de raison portent sur des objets abstraits et qui sont connues par démonstration et les vérités de fait qui ne peuvent être démontrées. Tout ce qui concerne les phénomènes de la nature doit ainsi être connu par l’expérience.
Le laboratoire devient ainsi le lieu du savoir, où l’expérience est organisée, systématisée et canalisée par les hypothèses critiques.
 
3°) Il faut en déduire que non seulement la démonstration ne suffit pour savoir mais que les hypothèse elles-même n’offrent pas un savoir absolu. cf Einstein : « Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas, comme on pourrait le croire, uniquement déterminés par le monde extérieur. Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. S’il est ingénieux il pourra se former quelque image du mécanisme, qu’il rendra responsable de tout ce qu’il observe, mais il ne sera jamais sûr que son image soit la seule capable d’expliquer ses observations. Il ne sera jamais en état de comparer son image avec le mécanisme réel, et il ne peut même pas se représenter la possibilité ou la signification d’une telle comparaison. Mais le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la vérité objective. » Albert Einstein et Léopold Infeld L’évolution des idées en physique
 
III Il semble donc nécessaire de ne pas se limiter à la démonstration pour accéder au savoir
 
1°) Opérer une distinction entre expérience sensible immédiate et expérimentation scientifique (cf Bachelard)
 
2°) Les sciences humaines supposent de prendre en compte les intentions, le sens des actions pour les comprendre (conscience, liberté, but, etc). Histoire, économie, sociologie, montrent que le savoir, lorsqu’il concerne l’homme suppose d’autres ressorts.
 
3°) Enfin il fallait envisager le savoir dans sa forme la plus accomplie, ce que proposait la philosophie antique. Le savoir véritable, parfait s’appelle la sagesse. Or la sagesse suppose bien la démonstration, c’est-à-dire la capacité d’élaborer des raisonnement logique. Mais les Grecs avaient déjà remarqué les limites de l’outil logique (paradoxe de Zénon ou paradoxe d’Épiméthée le Crétois). Il faut donc ajouter à la démonstration la connaissance, ainsi que le sens de cette connaissance, et enfin la pratique conforme à ce sens. C’est ce que rappelle par exemple Sénèque dans Apprendre à vivre : « Le géomètre m’enseigne à mesurer de grandes propriétés. Il ferait mieux de m’enseigner à trouver la mesure exacte de ce qui suffit à l’homme. On m’apprend à compter et à prêter mes doigts à l’avarice au lieu de m’apprendre que tous ces calculs n’ont aucune espèce d’importance et qu’on n’est pas plus heureux parce qu’on possède un patrimoine dont la gestion épuise plusieurs comptables. Au contraire, il ne possède que du superflu l’homme qui, s’il devait faire tout seul le compte de ses biens, serait le plus malheureux du monde.
À quoi bon savoir diviser un lopin de terre en plusieurs parcelles si je ne sais pas partager avec mon frère ? À quoi bon calculer sans erreur le nombre de pieds d’un arpent et saisir d’un seul regard ce qu’a bien pu oublier la toise de l’arpenteur, si je m’attriste d’avoir un voisin insatiable qui mord sur ma propriété ? On m’apprend à ne rien perdre de mes terres. Moi, je veux apprendre à tout perdre avec le sourire. […]Ô l’art admirable ! Tu sais mesurer ce qui est rond, tu sais réduire à un carré toute figure proposée, tu connais la distance des astres entre eux. Il n’est rien que tu ne puisses mesurer. Si tu es si fort, mesure un peu l’âme de l’homme, dis-moi sa grandeur, dis-moi sa petitesse. Tu sais ce qu’est une ligne droite. À quoi bon, si tu ignores ce qu’est, dans la vie, la droiture ? »
 
Conclusion :
 
L’exigence de démonstrativité est une exigence rationnelle de tout savoir qui puisse être communiqué, prouvé et justifié. Mais non seulement toute connaissance ne s’y réduit pas, et la démonstration elle-même ne conduit qu’à une cohérence formelle et non un savoir. Comme l’écrit le logicien Bertrand Russel, «Les mathématiques sont la seule science où on ne sait pas de quoi on parle ni si ce qu’on dit est vrai. »

 

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